C’est un sujet qui arrive rarement en début de séance. Il surgit au détour d’une phrase, souvent à la quatrième ou cinquième rencontre : « j’ai découvert qu’il se masturbait, alors qu’on ne fait plus l’amour ». Ou, dans l’autre sens : « je me donne du plaisir seule depuis des mois, et je n’ose pas le lui dire ». La masturbation au sein d’un couple est l’un des angles morts les plus tenaces de la vie intime — non pas parce qu’elle serait rare, mais parce qu’elle touche simultanément à la honte, à l’autonomie et à la peur d’être remplacé. En sexothérapie, elle est pourtant l’une des portes d’entrée les plus fécondes pour comprendre ce qui se passe réellement dans le désir d’un couple.

Une pratique largement majoritaire, et pourtant toujours taboue

Les chiffres sont sans ambiguïté. Selon l’enquête nationale Contexte des sexualités en France menée par l’Inserm en 2023, 72,9 % des femmes et 92,6 % des hommes de 18 à 69 ans déclarent avoir déjà pratiqué la masturbation. L’évolution chez les femmes est spectaculaire : elles n’étaient que 42,4 % en 1992, puis 56,5 % en 2006. Autrement dit, ce que beaucoup de couples vivent comme un secret honteux est, statistiquement, une expérience commune à la très grande majorité des adultes.

Pourquoi, alors, ce décalage entre la banalité de la pratique et la difficulté à en parler ? Parce que la masturbation en couple est interprétée, et pas seulement observée. Elle est rarement reçue comme une information neutre. Elle est lue comme un verdict : « je ne lui suffis pas », « il préfère autre chose que moi », « elle n’a plus besoin de moi ». Ce glissement de l’observation au jugement est exactement ce que le travail thérapeutique vient défaire.

Il existe aussi un héritage culturel lourd. Pendant plus d’un siècle, le discours médical occidental a construit le plaisir solitaire comme une pathologie, une faiblesse morale, une déviance. Ces représentations ne se sont pas dissoutes du jour au lendemain : elles continuent d’agir chez des personnes qui, consciemment, n’y adhèrent pas du tout. Une femme de 35 ans parfaitement informée peut ressentir une culpabilité dont elle ne comprend pas elle-même l’origine.

Intimité et tendresse dans le couple : parler du plaisir solitaire en sexothérapie
Ce qui blesse dans le couple n’est presque jamais la pratique elle-même, mais le silence qui l’entoure.

Ce que le plaisir solitaire dit vraiment du couple

En consultation, la première chose que je propose est de distinguer plusieurs configurations, car elles n’ont rien à voir entre elles cliniquement.

Une sexualité personnelle qui coexiste sans conflit

C’est la configuration la plus fréquente et la moins problématique. Le plaisir solitaire n’est pas un prélèvement sur le désir du couple : il relève d’un rapport à son propre corps, d’une régulation de la tension, d’un temps pour soi. Beaucoup de couples ayant une vie sexuelle satisfaisante ont aussi, chacun, une sexualité personnelle. Il n’y a rien à traiter — seulement, parfois, à dédramatiser.

Un substitut à une intimité devenue difficile

Ici, la pratique solitaire vient occuper l’espace laissé par une sexualité partagée qui s’est arrêtée ou appauvrie. Elle n’est pas la cause du problème : elle en est le symptôme. Supprimer le symptôme ne rétablit pas le désir ; cela produit seulement de la frustration supplémentaire. Le travail porte alors sur ce qui a rendu la rencontre difficile — conflits non résolus, peur du rejet, écart de rythme, événement de vie non digéré.

Un refuge face à l’angoisse de performance

Configuration fréquente, notamment chez les hommes. Le plaisir solitaire est maîtrisé, prévisible, sans enjeu relationnel. La rencontre à deux, elle, expose au risque d’échouer devant quelqu’un dont on tient au regard. Plus l’angoisse grandit, plus l’évitement s’installe. C’est un mécanisme proche de celui décrit dans notre article sur le trouble du désir masculin.

Une pratique devenue envahissante

Plus rare, mais réelle. Lorsque la fréquence devient telle qu’elle désorganise le quotidien, la concentration ou la disponibilité relationnelle, il ne s’agit plus d’une question de couple mais d’un fonctionnement compulsif qui demande un accompagnement spécifique. Le critère n’est jamais la fréquence en elle-même : c’est le retentissement sur la vie de la personne.

Une découverte vécue comme une trahison

Enfin, il y a la situation où l’un découvre la pratique de l’autre et la reçoit comme une infidélité. La blessure porte presque toujours sur le secret, pas sur l’acte. C’est un point fondamental, et c’est sur lui que se joue la reconstruction.

Les signes qu’il est temps de consulter

Quelques indicateurs justifient de prendre rendez-vous plutôt que d’attendre que cela passe.

Le sujet est devenu impossible à évoquer. Dès qu’il affleure, l’un se ferme, l’autre attaque. Un sujet qui ne peut plus être parlé dans un couple finit toujours par produire de la distance ailleurs.

La sexualité partagée a cessé depuis plusieurs mois alors que chacun conserve une vie sexuelle personnelle. C’est le signe d’une désynchronisation installée, et elle ne se corrige pas spontanément.

La découverte a provoqué une crise de confiance. Mensonge, effacement d’historique, réponses évasives : ce n’est plus la pratique qui est en cause, c’est le pacte de sincérité du couple.

La honte empêche l’un des deux de vivre normalement. Culpabilité envahissante, dégoût de soi, évitement du corps. Voir également notre article sur la honte de consulter un sexothérapeute, qui retarde souvent les prises de rendez-vous de plusieurs années.

Les fantasmes associés inquiètent l’un des partenaires. Il est fréquent que la question glisse vers le contenu imaginaire, sujet abordé dans notre article consacré aux fantasmes dans le couple.

Reconnexion du couple après un travail de sexothérapie à Paris
La sexothérapie ne supprime pas la sexualité personnelle : elle rouvre la circulation entre les deux.

L’approche Ataméa : ni interdire, ni banaliser

Deux réponses simplistes circulent. La première consiste à exiger l’arrêt de la pratique, comme si le désir se réglait par décret. La seconde consiste à répondre « c’est normal, tout le monde le fait », ce qui est statistiquement juste mais cliniquement inutile lorsqu’un des deux souffre. La méthode Ataméa ne prend ni l’une ni l’autre de ces positions.

Le travail s’organise autour de trois temps.

Premier temps : rétablir la parole sans procès. Tant que l’un se défend et que l’autre accuse, aucune information utile ne circule. Nous posons un cadre où chacun peut décrire son expérience — ce qu’il cherche, ce qu’il évite, ce qu’il ressent après — sans que cela devienne une pièce à conviction. C’est souvent la première fois que le couple met des mots précis sur ce qu’il avait seulement soupçonné.

Deuxième temps : comprendre la fonction. Chaque pratique remplit une fonction : apaiser, s’endormir, se rassurer sur son corps, éviter un refus, exister sexuellement malgré un désaccord. Identifier la fonction permet de traiter le besoin réel, plutôt que de se battre contre un comportement. Quand le besoin trouve d’autres voies, le comportement se réajuste de lui-même.

Troisième temps : reconstruire la rencontre. Nous travaillons alors sur le désir partagé : ce qui le déclenche, ce qui le bloque, les conditions concrètes qui le rendent possible dans une vie parisienne chargée. Cela passe souvent par des propositions progressives, adaptées au couple, qui restaurent d’abord le contact avant la sexualité elle-même. Restaurer la confiance corporelle précède toujours la relance du désir.

Le déroulé des séances : cabinet Paris 8e ou visio

La première séance dure une heure et permet de poser l’histoire : depuis quand, comment le sujet a émergé, ce que chacun en attend. Elle se déroule au cabinet Ataméa, 4 rue de Miromesnil dans le 8e arrondissement de Paris, à proximité immédiate des Champs-Élysées et de la station George V.

Le travail se poursuit ensuite à deux, avec parfois une ou deux séances individuelles lorsqu’un des partenaires a besoin d’un espace pour déposer ce qu’il n’ose pas encore formuler devant l’autre. Le cadre est annoncé d’emblée : ces séances servent à préparer la parole commune, jamais à constituer un secret parallèle.

La téléconsultation est particulièrement pertinente sur ce sujet. Beaucoup de personnes parlent plus librement de leur intimité depuis un environnement familier, et la visio supprime l’appréhension de se rendre physiquement chez un sexothérapeute — appréhension qui, en pratique, retarde énormément de premières consultations. Elle permet aussi d’accompagner des couples de toute l’Île-de-France et au-delà.

Le rythme est généralement bimensuel. Sur cette problématique précise, les couples constatent souvent un apaisement net dès que la parole s’est ouverte, c’est-à-dire fréquemment entre la deuxième et la quatrième séance — bien avant que la vie sexuelle elle-même n’ait changé.

Écoute bienveillante en sexothérapie de couple à Paris 8e
Un cadre où l’intime peut se dire sans devenir une pièce à conviction.

Ce qui distingue Magalie Singh

Magalie Singh exerce à la fois comme sexothérapeute et comme thérapeute de couple, et c’est décisif sur ce sujet précis. Une question de plaisir solitaire est presque toujours double : elle contient une dimension sexologique (rapport au corps, à l’excitation, à l’imaginaire) et une dimension conjugale (confiance, secret, sentiment d’être choisi). Traiter l’une sans l’autre revient à ne traiter ni l’une ni l’autre.

Elle reçoit au 4 rue de Miromesnil, Paris 8e, et en téléconsultation. Son intervention dans les médias, notamment sur CNEWS, l’a conduite à aborder publiquement des sujets intimes avec la même exigence qu’en consultation : de la clarté clinique, aucun sensationnalisme, et un refus constant des injonctions normatives sur ce que devrait être une « bonne » sexualité.

Sa pratique repose sur un principe simple : il n’existe pas de norme de fréquence, ni de norme de pratique — il existe un accord, ou un désaccord, entre deux personnes. Tout le travail consiste à rendre cet accord possible et explicite.

Questions fréquentes

La masturbation est-elle une forme d’infidélité ?

Elle n’implique pas de tiers réel et ne relève donc pas de l’infidélité au sens strict. Ce qui peut constituer une rupture de confiance, c’est le mensonge qui l’entoure, pas la pratique. C’est cette distinction qui permet de sortir de l’impasse accusatoire.

Faut-il tout se dire sur sa sexualité personnelle ?

Non. Un couple a droit à des espaces d’intimité personnelle, et l’exigence de transparence totale est souvent elle-même un symptôme d’insécurité. Ce qui compte n’est pas de tout dire, mais qu’il n’y ait pas de zone dont l’existence même soit niée.

Mon partenaire se masturbe alors que nous n’avons plus de rapports : que faire ?

Éviter d’en faire un ultimatum. Cette situation signale presque toujours un blocage antérieur dans la rencontre — angoisse, rancune, fatigue, événement non digéré. C’est ce blocage qu’il faut traiter, et il se traite bien en sexothérapie.

Est-ce que cela diminue le désir pour le partenaire ?

Dans la grande majorité des cas, non : les études ne montrent pas d’effet de vase communicant mécanique. En revanche, lorsqu’une pratique solitaire s’est associée à un scénario très spécifique et répétitif, un réajustement peut être nécessaire. C’est un travail précis, qui se fait sans culpabilisation.

Peut-on consulter seul sur ce sujet ?

Oui. Beaucoup de personnes viennent d’abord seules, souvent parce que la honte rend impossible d’en parler à leur partenaire. Un travail individuel peut suffire, ou préparer une reprise de dialogue à deux.

Ce sujet peut-il vraiment se traiter en visio ?

Oui, et c’est même souvent plus facile. Le fait d’être dans un environnement familier abaisse considérablement le seuil de ce qui peut être dit lors des premières séances.

Ce sujet crée des tensions dans votre couple ?
Magalie Singh, sexothérapeute et thérapeute de couple, reçoit au cabinet Ataméa, 4 rue de Miromesnil, Paris 8e, et en téléconsultation.

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Références bibliographiques

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