Il y a ce moment, dans le bureau du conseil départemental, où l’on vous demande depuis combien de temps vous êtes ensemble. Et ce moment, bien plus tard, où l’enfant dort enfin dans sa chambre et où vous vous regardez, tous les deux, en vous demandant qui sont ces deux personnes épuisées qui ne se sont pas vraiment parlé depuis quatre ans. Le parcours d’adoption met le couple à l’épreuve d’une manière très particulière : il l’expose, le fait attendre, le juge, puis le transforme brutalement. À Paris, où les délais d’agrément et les projets à l’international s’étirent sur des années, je reçois régulièrement des couples qui ont tenu bon pendant tout le parcours — et qui craquent juste après.

Pourquoi le parcours d’adoption ébranle autant le couple

Un projet d’adoption n’est jamais seulement administratif. Il vient presque toujours après quelque chose : une infertilité, des années de PMA, un deuil périnatal, ou un choix mûri longuement. Le couple arrive donc déjà porteur d’une histoire, et souvent d’une fatigue. Puis commence un processus qui possède trois caractéristiques psychiquement coûteuses.

L’évaluation permanente

Pour obtenir l’agrément, vous êtes reçus par un travailleur social, un psychologue, parfois plusieurs fois. On vous interroge sur votre enfance, votre sexualité, vos finances, la solidité de votre lien. Le couple devient un dossier. Beaucoup de partenaires me disent avoir, pendant cette période, « joué » le couple idéal — lissé les désaccords, tu les doutes de la veille, rangé les disputes hors du champ. Cette performance protège le projet, mais elle installe une habitude redoutable : celle de ne plus dire ce qui ne va pas.

L’attente sans horizon

Après l’agrément vient l’attente : des mois, souvent des années, sans date. L’attente sans échéance est l’une des situations les plus éprouvantes pour le psychisme humain, parce qu’elle empêche à la fois d’espérer tranquillement et de faire son deuil. Dans le couple, elle produit fréquemment une asymétrie : l’un des deux continue de « porter » le projet activement (relance les organismes, suit les forums, compte les mois), l’autre s’en éloigne pour survivre. Chacun interprète alors l’attitude de l’autre de travers — « il s’en fiche », « elle ne pense qu’à ça ».

L’arrivée, qui n’est pas la fin

On imagine l’apparentement comme une ligne d’arrivée. C’est en réalité un point de départ. L’enfant adopté arrive avec son histoire, ses ruptures antérieures, parfois un retard de développement ou des troubles de l’attachement. Les premiers mois demandent une disponibilité totale — et cette disponibilité, le couple la prélève sur lui-même. La sexualité est très souvent la première variable d’ajustement, et personne n’en parle, parce qu’il semble indécent de se plaindre après avoir tant désiré.

Couple marchant côte à côte sur un chemin, illustrant le temps long du parcours d'adoption
Le parcours d’adoption est un temps long : le couple a besoin d’un espace à lui, en dehors du dossier.

Les signes qu’il est temps de consulter

Consulter pendant un parcours d’adoption n’est pas un aveu de fragilité, et cela n’a aucune incidence sur votre dossier. Certains signaux méritent pourtant d’être pris au sérieux plutôt que reportés « à après ».

Si des violences, une dépression sévère ou des idées suicidaires sont présentes, la thérapie de couple n’est pas le premier recours : il faut alors s’orienter sans attendre vers un médecin, un psychiatre ou les dispositifs d’urgence adaptés.

L’approche Ataméa : redonner au couple un espace qui n’est pas un dossier

Ma pratique associe la thérapie de couple d’orientation systémique et intégrative à la sexothérapie. Dans le contexte de l’adoption, cette double compétence est précieuse : les couples arrivent souvent avec une difficulté relationnelle et une intimité empêchée, et il serait artificiel de traiter l’une sans l’autre.

Séparer le projet et le lien

Le premier travail consiste à redonner au couple un territoire qui ne soit pas colonisé par le projet. Concrètement : identifier ce qui, dans votre relation, existait avant le parcours et existe indépendamment de lui. Cela paraît simple ; c’est souvent le moment le plus émouvant des premières séances, parce que beaucoup de couples réalisent qu’ils ne se sont pas posé cette question depuis des années.

Nommer les deuils successifs

Un parcours d’adoption contient presque toujours des deuils non reconnus : deuil de l’enfant biologique, deuil de la grossesse, deuil de la spontanéité, parfois deuil d’un premier apparentement qui n’a pas abouti. Ces deuils sont rarement synchronisés entre les deux partenaires, et c’est précisément cette désynchronisation qui crée l’incompréhension. Le travail thérapeutique permet de les nommer séparément, sans que l’un impose son rythme à l’autre.

Restaurer une intimité qui ne soit pas fonctionnelle

Quand la sexualité a longtemps été mise au service de la conception, puis suspendue pendant l’attente, elle ne revient pas seule. Je propose un travail progressif de reconnexion corporelle, centré sur la sensorialité et le consentement plutôt que sur la performance, très proche de ce que je mets en place avec les couples confrontés à une distance émotionnelle installée. L’objectif n’est pas de « reprendre comme avant », mais d’inventer une intimité qui corresponde à qui vous êtes devenus.

Séance de thérapie de couple, écoute active et empathie
En séance, chacun peut enfin dire ce qu’il a tu pendant l’évaluation — sans que cela mette le projet en danger.

Comment se déroule l’accompagnement, au cabinet Paris 8e ou en visio

Le cabinet Ataméa se situe 4 rue de Berri, dans le 8e arrondissement de Paris, à quelques minutes des Champs-Élysées et accessible depuis la plupart des lignes du centre. Les couples viennent de Paris intra-muros comme des communes limitrophes — Neuilly-sur-Seine, Levallois-Perret, Boulogne-Billancourt, Courbevoie.

La première séance dure environ une heure. Elle sert à poser l’histoire du projet, à entendre chacun séparément dans un cadre commun, et à définir ensemble un objectif réaliste. Les séances suivantes s’espacent généralement de deux à trois semaines. Un accompagnement de couple utile se compte le plus souvent en huit à douze séances, pas en années.

La téléconsultation est proposée systématiquement, et elle est particulièrement adaptée aux parcours d’adoption : quand l’apparentement approche, quand l’un des deux voyage pour les démarches, ou quand l’enfant vient d’arriver et qu’un déplacement à deux devient impossible. Le cadre est le même, la qualité du travail aussi — c’est d’ailleurs un format que de nombreux couples conservent après avoir commencé au cabinet, comme je le constate avec les couples confrontés aux enjeux de parentalité.

Ce qui distingue mon accompagnement

Je suis thérapeute de couple et sexothérapeute, ce qui reste relativement rare : la plupart des praticiens exercent l’un ou l’autre. Les couples engagés dans un parcours d’adoption ont fréquemment besoin des deux, parce que leur histoire a mêlé le corps, la médecine, l’administration et le lien.

Je suis également intervenante régulière dans les médias, notamment sur CNEWS, sur les questions de couple et de sexualité. Cela ne change rien à ce qui se passe en séance, mais cela dit quelque chose de ma façon de travailler : parler de ces sujets sans jargon, sans moralisme et sans tabou. Personne n’est jugé sur son désir d’enfant, sur son ambivalence, ni sur ce qu’il ressent à l’arrivée de l’enfant — y compris quand ce n’est pas l’élan attendu.

Enfin, mon cadre est clair : je ne prends pas parti. Je ne suis ni du côté de celui qui pousse le projet, ni de celui qui doute. Mon travail consiste à rendre à nouveau possible une conversation que le parcours a rendue impraticable. Les couples qui hésitent entre poursuivre et arrêter trouveront des repères comparables dans mon article sur le couple sans enfant par choix, ainsi que dans celui consacré au manque d’affection et au retour de la tendresse.

Cabinet de thérapie de couple à Paris 8e, 4 rue de Berri
Cabinet Ataméa, 4 rue de Berri, Paris 8e — séances en présentiel ou en téléconsultation.

Questions fréquentes

Consulter un thérapeute de couple peut-il nuire à notre agrément ?

Non. Une démarche thérapeutique volontaire est couverte par le secret professionnel et ne figure dans aucun dossier administratif. Dans mon expérience, les couples qui ont fait ce travail arrivent aux entretiens d’évaluation plus solides et plus authentiques, parce qu’ils ont cessé de se contenir.

Nous sommes en désaccord : l’un veut poursuivre, l’autre veut arrêter. Est-ce trop tard ?

Ce désaccord est un motif de consultation fréquent, et il n’est pas un verdict. Il révèle presque toujours que les deux partenaires ne parlent pas de la même chose : l’un parle d’un enfant, l’autre d’une capacité à supporter encore de l’attente ou de la déception. Séparer ces deux questions permet souvent de débloquer la situation, quelle que soit la décision finale.

Faut-il venir à deux ?

C’est préférable, mais pas indispensable pour commencer. Il m’arrive de recevoir d’abord une personne seule, puis le couple lorsque l’autre partenaire se sent prêt. Une thérapie de couple menée par un seul partenaire produit tout de même des effets sur la relation, même si le travail est plus lent.

Notre enfant est arrivé et tout va bien avec lui — mais plus rien entre nous. Est-ce normal ?

C’est extrêmement fréquent, et rarement dit. Les premiers mois d’une adoption mobilisent des ressources considérables : construction de l’attachement, adaptation, parfois gestion de troubles du sommeil ou du comportement. Le couple passe en dernier, puis l’habitude s’installe. Plus on intervient tôt, plus la reprise est simple.

La sexualité peut-elle vraiment revenir après des années de PMA puis d’attente ?

Oui, mais rarement spontanément. Après une longue période où le corps a été instrumentalisé par des protocoles médicaux, il faut souvent un travail explicite de réappropriation sensorielle. C’est précisément l’objet de la sexothérapie, et les résultats sont généralement rapides lorsque le couple s’y engage à deux.

Proposez-vous des séances en dehors de Paris ?

Le cabinet est uniquement à Paris 8e, mais la téléconsultation permet de me consulter depuis toute l’Île-de-France — et depuis l’étranger, ce qui est utile pendant les déplacements liés à une adoption internationale.

Votre projet avance — et votre couple ?

Que vous soyez en attente d’agrément, en cours d’apparentement ou déjà parents, il existe un espace pour remettre votre lien au centre. Séances au cabinet 4 rue de Berri, Paris 8e ou en téléconsultation.

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Références bibliographiques

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