« Mon médecin m’a dit que c’était le diabète. Et puis on est passés à autre chose. » Cette phrase, je l’entends régulièrement au cabinet de la rue de Berri, prononcée par un homme de cinquante ans qui n’a plus d’érection fiable depuis deux ans, ou par une femme de quarante-cinq ans pour qui chaque rapport est devenu douloureux. Le diabète est l’une des causes les plus fréquentes de troubles sexuels en France, et l’une des moins parlées en couple. Parce que l’explication médicale, aussi juste soit-elle, referme la conversation au lieu de l’ouvrir.
Or ce qui se passe dans le lit d’un couple touché par le diabète n’est jamais seulement une question de glycémie. C’est une question de honte, d’évitement, de désir qui s’éteint des deux côtés, et de tendresse qui disparaît par peur de « donner de faux espoirs ». La sexothérapie ne remplace pas le diabétologue ; elle s’occupe de tout ce que le diabétologue ne peut pas traiter.

Pourquoi le diabète touche autant de couples dans leur intimité
Les chiffres sont considérables et pourtant peu connus. Selon la Fédération Française des Diabétiques, une personne diabétique sur deux sera concernée au cours de sa vie par une complication touchant la vie affective et sexuelle, quels que soient son âge, son genre ou son orientation. Chez les hommes, la dysfonction érectile peut concerner jusqu’à 70 % des personnes vivant avec un diabète de type 2 et 50 % de celles vivant avec un diabète de type 1. Chez les femmes, la sécheresse vaginale est deux fois plus fréquente qu’en population générale, et la neuropathie peut réduire la sensibilité clitoridienne jusqu’à rendre l’orgasme difficile ou absent.
Le mécanisme est connu : les hyperglycémies répétées fragilisent, sur la durée, les petits vaisseaux et les nerfs qui commandent l’érection, la lubrification et la sensibilité. L’Assurance Maladie le rappelle clairement : le diabète peut entraîner des troubles de l’érection chez les hommes et une absence de désir ou de plaisir chez les femmes, mais le vieillissement, certains médicaments, la baisse de moral et la peur de l’échec sont tout aussi souvent en cause.
C’est précisément ce dernier point qui m’intéresse en tant que sexothérapeute. Dans la grande majorité des couples que je reçois, la part organique et la part psychologique se sont entremêlées. Une première panne, réellement liée au diabète, déclenche une anxiété de performance. L’anxiété provoque la deuxième panne, indépendamment de la glycémie. À la troisième, l’homme évite. À la dixième, le couple ne se touche plus, et chacun pense que l’autre n’a plus envie.
Côté féminin, le scénario est plus silencieux et souvent plus long à identifier. Les douleurs liées à la sécheresse ou aux mycoses à répétition conduisent à des rapports subis, puis évités. Le partenaire, ne comprenant pas, se sent rejeté. Le diabète a des effets différents chez les hommes et chez les femmes, mais il produit dans le couple le même résultat : un éloignement que personne n’a choisi.
Les signes qu’il est temps de consulter un sexothérapeute
Le sujet est devenu tabou entre vous. Vous parlez glycémie, traitement, rendez-vous médicaux, mais jamais de ce qui a changé dans votre intimité. Le silence protège à court terme et détruit à moyen terme.
Les gestes de tendresse ont disparu avec les rapports. C’est l’un des effets les plus toxiques des troubles sexuels : par crainte que la caresse soit interprétée comme une demande, on ne se touche plus du tout. Le couple perd alors bien plus que la sexualité.
Le traitement médical fonctionne, mais rien ne change dans le couple. Beaucoup d’hommes obtiennent une aide efficace pour l’érection et découvrent que le désir, lui, n’est pas revenu, ou que leur partenaire n’attend plus rien. Le problème n’était plus seulement mécanique.
La maladie a pris toute la place. Quand l’un des deux devient « le patient » et l’autre « l’aidant », l’érotisme s’efface derrière le soin. C’est fréquent après un diagnostic récent ou une complication, et cela se travaille.
Vous vivez la situation comme une fatalité liée à l’âge. Or les données de l’enquête Contexte des sexualités en France montrent que 73,8 % des hommes et 56,6 % des femmes restent sexuellement actifs entre 50 et 89 ans. Le diabète n’est pas une raison d’abandonner la sexualité ; c’est une raison de la réinventer.

L’approche Ataméa : une sexothérapie qui travaille avec le corps tel qu’il est
Mon point de départ est toujours le même : je ne travaille jamais contre le suivi médical, mais avec lui. Un équilibre glycémique retrouvé, un traitement adapté avec le diabétologue ou l’urologue, un suivi gynécologique régulier sont des préalables que j’encourage systématiquement. La Fédération des diabétiques note d’ailleurs que le simple retour à une hémoglobine glyquée inférieure à 7 % suffit parfois à résoudre un trouble de l’érection. La sexothérapie commence là où ces leviers s’arrêtent.
Le premier axe consiste à désamorcer l’anxiété de performance, chez l’homme comme chez la femme. Tant que chaque rapprochement est vécu comme un examen, le corps, déjà fragilisé, ne peut pas répondre. J’utilise notamment des exercices progressifs de reconnexion sensorielle à faire à deux, à la maison, qui retirent temporairement la pénétration de l’équation pour redonner au toucher sa fonction première : le plaisir, pas la preuve.
Le deuxième axe est l’élargissement du répertoire érotique du couple. Les données récentes de l’Inserm montrent une sexualité française de plus en plus diversifiée et de moins en moins centrée sur la seule pénétration. Pour un couple touché par le diabète, ce n’est pas un pis-aller : c’est une chance. Beaucoup découvrent, à cinquante ou soixante ans, une intimité plus riche que celle qu’ils avaient avant la maladie.
Le troisième axe, souvent le plus décisif, est la parole dans le couple. Je reçois les deux partenaires ensemble chaque fois que c’est possible, parce que le trouble sexuel lié au diabète est un problème à deux. La personne non diabétique porte souvent une culpabilité inavouée (« je n’ai pas le droit de me plaindre ») et un désir qu’elle n’ose plus exprimer. Lui donner une place change tout.
Enfin, les questions d’image du corps sont abordées sans détour : pompe à insuline, capteur, prise ou perte de poids, cicatrices. Le diabète s’inscrit sur le corps, et ce corps doit pouvoir redevenir un corps désirant et désiré. Si votre partenaire vit avec une maladie chronique plus large, mon article sur le couple face à la maladie chronique complète utilement cette lecture.
Comment se déroule l’accompagnement au cabinet Paris 8e ou en visio
La première séance dure une heure, au cabinet du 4 rue de Berri, à Paris 8e, à deux pas des Champs-Élysées, ou en téléconsultation pour les couples qui préfèrent aborder ce sujet depuis chez eux. Elle est consacrée à l’histoire du trouble : quand il est apparu, ce que le diabète a réellement changé, ce que la peur a ajouté, et ce que chacun attend aujourd’hui.
Je demande toujours où en est le suivi médical. Si un bilan n’a pas été fait, je vous orienterai vers votre médecin avant d’aller plus loin : certains troubles nécessitent d’abord un ajustement du traitement, et il serait irresponsable de les travailler uniquement sur le plan psychologique. En revanche, si le bilan est fait et que les difficultés persistent, ou si l’évitement s’est installé, le travail sexothérapeutique peut commencer immédiatement.
Les séances suivantes se tiennent toutes les deux à trois semaines, avec des exercices concrets entre chaque rendez-vous. Le rythme est volontairement lent : reconstruire une intimité après des mois ou des années d’évitement ne se fait pas en trois semaines, mais les premiers changements dans la manière de se toucher et de se parler apparaissent en général très vite.
Pour les hommes dont la difficulté principale est l’érection, mon article dédié à la sexothérapie des troubles de l’érection à Paris détaille le travail spécifique sur la panne et l’anxiété. Si vous vous demandez quelle part revient aux traitements que vous prenez, celui consacré aux médicaments qui affectent le désir vous aidera à préparer la discussion avec votre médecin.

Ce qui distingue l’accompagnement de Magalie Singh
Je suis sexothérapeute et thérapeute de couple à Paris 8e. Cette double compétence est déterminante face au diabète : le trouble sexuel est presque toujours à la fois un problème individuel, souvent d’origine physique, et un problème de couple, d’origine relationnelle. Traiter l’un sans l’autre laisse la moitié du chemin à parcourir.
Régulièrement invitée sur CNEWS pour parler de sexualité et de vie de couple, je défends une approche clinique, sans jugement et sans jargon. Au cabinet, on parle de sexualité comme on parle de n’importe quel sujet de santé : franchement. Beaucoup de mes patients me disent que c’est la première fois qu’ils ont pu poser leurs questions sans gêne, y compris après des années de suivi médical.
Pour une vue d’ensemble de mon travail avec les couples, la page thérapie de couple à Paris présente le cadre général, et mon article sur les causes et solutions de la baisse de désir aborde les mécanismes communs à toutes les situations, diabète ou non.
Questions fréquentes : diabète, désir et couple
La sexothérapie peut-elle remplacer un traitement médical du trouble de l’érection ?
Non. Le diabète peut altérer physiquement les mécanismes de l’érection, et cette part relève du médecin. La sexothérapie traite l’anxiété, l’évitement et la dynamique de couple, qui expliquent souvent pourquoi un traitement efficace ne suffit pas à retrouver une vie intime satisfaisante. Les deux approches sont complémentaires.
Je suis une femme diabétique et les rapports sont douloureux. Est-ce psychologique ?
Pas en première intention. La sécheresse vaginale et les mycoses liées au diabète sont des causes physiques réelles qui méritent un suivi gynécologique. En revanche, la douleur répétée installe une appréhension qui persiste même une fois la cause traitée : c’est là que l’accompagnement sexothérapeutique devient précieux.
Mon partenaire diabétique ne veut plus parler de sexualité. Puis-je consulter seul(e) ?
Oui, et c’est souvent utile. Comprendre ce qui se joue pour lui ou pour elle, et trouver comment rouvrir le sujet sans pression, change fréquemment la situation. Le partenaire diabétique rejoint ensuite souvent les séances de lui-même.
Le diabète de type 1 diagnostiqué jeune a-t-il les mêmes effets sur la sexualité ?
Les complications organiques sont possibles après de longues années de maladie, mais chez les jeunes adultes, ce sont surtout la peur de l’hypoglycémie pendant le rapport, le rapport aux dispositifs médicaux et l’image de soi qui pèsent sur la sexualité. Ces sujets se travaillent très bien.
Combien de séances faut-il prévoir ?
En moyenne entre six et douze séances, espacées de deux à trois semaines, selon l’ancienneté de l’évitement et l’état du suivi médical. Les couples qui viennent ensemble progressent en général plus vite.
Puis-je consulter en visio si je n’habite pas Paris ?
Oui. La téléconsultation est proposée à tous les couples, en Île-de-France ou ailleurs, avec le même cadre de confidentialité qu’au cabinet.
Le diabète a changé votre intimité ? Il n’a pas le dernier mot.
Sexothérapie individuelle ou de couple, au cabinet 4 rue de Berri, Paris 8e, ou en téléconsultation. Première séance d’une heure.
Références bibliographiques
Fédération Française des Diabétiques, Complications du diabète : des répercussions sur la sexualité (prévalence des troubles, sécheresse vaginale, dysfonction érectile, retentissement psychologique).
Assurance Maladie, Bien vivre sa sexualité avec un diabète, ameli.fr, mis à jour le 26 novembre 2024.
Inserm, Santé publique France, ANRS, enquête Contexte des sexualités en France (CSF-2023), Activités sexuelles : activité sexuelle et satisfaction après 50 ans, diversification des pratiques.
Santé publique France, étude Entred 2007, données citées par la Fédération Française des Diabétiques sur la dysfonction érectile chez les hommes diabétiques.
Collège des enseignants d’endocrinologie, diabète et maladies métaboliques, Trouble de l’érection, in Endocrinologie, diabétologie et maladies métaboliques, 4e édition, Elsevier Masson, 2019.
