Il a 53 ans, cadre dirigeant dans le 8e arrondissement. Depuis huit mois, son généraliste a ajusté son traitement pour l’hypertension. Depuis huit mois, aussi, quelque chose s’est éteint. Il n’a jamais fait le lien. Sa compagne, elle, a fait un autre lien : elle a cru qu’il ne la désirait plus. Ils ont passé trois saisons à se blesser sur un malentendu que personne ne leur avait donné les mots pour nommer.
C’est une des situations les plus fréquentes et les plus silencieuses de la consultation en sexologie. Un traitement médicamenteux — nécessaire, souvent vital — modifie le désir, l’excitation ou la capacité à atteindre l’orgasme. Personne n’en a parlé au moment de la prescription. Le couple interprète le symptôme comme un désamour. Le problème n’est pas le médicament : c’est le silence qui l’entoure.
Un effet indésirable massif, presque jamais annoncé
Les effets sexuels des médicaments occupent une place étrange dans le soin : ils sont documentés dans toutes les notices, et pourtant très rarement évoqués en consultation. Trois raisons se cumulent. Le temps de consultation est court et va aux paramètres jugés vitaux. Le patient n’ose pas aborder le sujet, surtout auprès d’un médecin qu’il connaît depuis longtemps. Et le prescripteur suppose que le patient parlera s’il y a un problème. Résultat : chacun attend que l’autre commence.
Les conséquences sont loin d’être anecdotiques. L’inconfort sexuel est une des premières causes d’arrêt spontané de traitement, en particulier chez les personnes sous antidépresseurs. Autrement dit, ne pas parler de sexualité en consultation dégrade aussi l’observance thérapeutique. Ce n’est pas un sujet de confort, c’est un sujet de santé publique.
À l’échelle de la population, l’enquête Contexte des sexualités en France menée par l’Inserm rappelle qu’en 2023, 45,3 % des femmes et 39,0 % des hommes se déclarent très satisfaits de leur vie sexuelle : une majorité ne l’est donc pas pleinement, et les causes iatrogènes — c’est-à-dire liées à un traitement — figurent parmi les plus facilement réversibles lorsqu’elles sont identifiées.

Quelles familles de traitements peuvent être concernées
Cette liste est indicative et non exhaustive. Elle ne vaut pas diagnostic : la sensibilité individuelle varie énormément, beaucoup de personnes ne ressentent aucun effet, et un même symptôme peut avoir une tout autre cause. Elle sert uniquement à vous donner du vocabulaire pour en parler à votre médecin.
Les antidépresseurs sérotoninergiques
C’est la famille la mieux documentée. Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine peuvent émousser le désir, retarder l’orgasme ou le rendre inaccessible, et diminuer l’intensité des sensations. Le paradoxe est cruel : le traitement qui restaure l’élan vital peut atténuer l’élan sexuel. Il existe pourtant de nombreuses stratégies d’ajustement — molécule, posologie, horaire de prise — que seul le prescripteur peut évaluer.
La contraception hormonale
Certaines femmes rapportent une baisse de libido, une sécheresse ou une modification du plaisir sous contraception hormonale. Le lien n’est ni systématique ni universel, et la littérature reste contrastée. Ce qui compte cliniquement, c’est la chronologie : une modification survenue dans les mois suivant un changement de contraception mérite d’être discutée avec un gynécologue ou une sage-femme.
Les traitements cardiovasculaires
Certains antihypertenseurs, notamment les bêtabloquants et certains diurétiques, peuvent retentir sur l’érection ou la lubrification. Là encore, les alternatives thérapeutiques existent et l’ajustement relève strictement du cardiologue ou du médecin traitant.
Les hormonothérapies et les traitements oncologiques
Hormonothérapies du cancer du sein ou de la prostate, chimiothérapies, traitements induisant une ménopause précoce : les répercussions sur le désir, la lubrification et l’image du corps sont fréquentes et légitimes. Elles ne sont pas une fatalité silencieuse : des solutions locales, des adaptations du répertoire sexuel et un accompagnement du couple modifient considérablement le vécu.
Les autres traitements souvent oubliés
Antipsychotiques, certains antiépileptiques, opioïdes au long cours, corticoïdes, traitements de l’hypertrophie prostatique, mais aussi l’alcool et le cannabis consommés régulièrement, figurent parmi les causes possibles. La polymédication, très fréquente après cinquante ans, multiplie les interactions.
Distinguer l’effet du médicament de l’effet du couple
C’est le cœur du travail en sexothérapie, et c’est ce qu’aucune notice ne peut faire à votre place. Dans la très grande majorité des cas, la molécule crée l’étincelle, mais c’est la relation qui entretient l’incendie. Le mécanisme est presque toujours le même.
Une baisse d’appétit sexuel apparaît. Elle est vécue par l’autre comme un désintérêt personnel. Une première tentative échoue, ce qui installe une anxiété de performance. Pour éviter l’échec, on évite l’occasion. Le partenaire interprète cet évitement comme une confirmation. En quelques mois, la cause pharmacologique initiale n’explique plus qu’une fraction du problème : le reste est devenu relationnel, et le restera même si le traitement est ajusté.
D’où une conséquence pratique importante : modifier la prescription ne suffit presque jamais. Il faut aussi défaire les interprétations, les évitements et les scénarios installés. C’est exactement le terrain d’une sexothérapie articulée à une thérapie de couple.
La démarche clinique consiste à reconstruire une chronologie précise : quand la difficulté est-elle apparue ? Coïncide-t-elle avec une prescription, un changement de dose, un événement de vie ? Le symptôme est-il global ou situationnel — présent aussi seul, ou uniquement avec le partenaire ? Un symptôme purement pharmacologique est en général global et constant ; un symptôme relationnel est situationnel. Cette distinction change tout dans l’orientation du travail. Les écarts de rythme qui s’installent ensuite sont détaillés dans notre article sur les différences de libido dans le couple.

Les signes qu’il est temps de consulter
- La chronologie est troublante. Le changement a suivi de quelques semaines une nouvelle prescription ou une modification de dose.
- Vous y avez pensé sans oser en parler, ni à votre médecin, ni à votre partenaire.
- Votre partenaire s’est mis à douter de lui ou d’elle. Le silence a laissé place à une explication intime et blessante.
- Vous envisagez d’arrêter votre traitement pour cette raison. C’est précisément le moment de consulter, et surtout pas d’agir seul.
- Le traitement a été ajusté et rien n’est revenu. Signe que la dimension relationnelle a pris le relais.
- Vous évitez toute forme de contact physique, y compris non sexuel, par peur que cela mène quelque part.
L’approche Ataméa : travailler avec le prescripteur, jamais contre lui
Premier temps : nommer et légitimer. Beaucoup de patients arrivent persuadés d’avoir un problème de désir, alors qu’ils ont un effet indésirable non identifié. Poser cette hypothèse à voix haute soulage immédiatement, et redonne au couple une explication qui n’accuse personne.
Deuxième temps : réorienter vers le médical. La sexothérapie ne prescrit pas et ne déprescrit pas. Le travail consiste à vous outiller pour aborder efficacement le sujet avec votre médecin — quels mots employer, quelle chronologie apporter, quelles questions poser. Une consultation préparée obtient bien plus qu’une consultation improvisée.
Troisième temps : traiter ce qui s’est ajouté. Anxiété de performance, évitement, ressentiment, perte de confiance en soi : ce sont des cibles thérapeutiques à part entière, indépendantes de la molécule. Le protocole s’appuie sur des exercices sensoriels progressifs, un travail sur le scénario mental et une reconstruction du dialogue intime.
Quatrième temps : élargir le répertoire. Quand une contrainte médicale est durable, le travail consiste à sortir d’une définition étroite de la sexualité. Ce n’est pas un lot de consolation : c’est souvent le moment où des couples découvrent une intimité plus riche que la précédente. Le même principe s’applique aux transitions hormonales, comme nous le détaillons à propos de la ménopause, du désir et du plaisir.
Comment se déroule l’accompagnement
La première séance est consacrée à l’histoire du symptôme et à la reconstitution de la chronologie médicale et relationnelle. Elle dure un peu plus longtemps que les suivantes et n’engage à aucun protocole.
Les séances suivantes alternent apports de psychoéducation, exercices à réaliser entre les rendez-vous et travail de communication à deux. Le rythme habituel est d’une séance toutes les deux semaines au démarrage, puis un espacement progressif.
Le lieu. Les consultations se tiennent au cabinet, 4 rue de Berri, Paris 8e, à quelques minutes des Champs-Élysées et facilement accessible depuis Neuilly-sur-Seine, Levallois-Perret ou Courbevoie — ou en visioconférence, ce que beaucoup de patients préfèrent pour ce motif précis.
La durée. Pour une difficulté d’origine iatrogène identifiée tôt, l’accompagnement est souvent court : quelques séances suffisent fréquemment lorsque le couple n’a pas encore installé des années d’évitement.

Ce qui distingue l’accompagnement de Magalie Singh
Une double compétence. Sexothérapeute et thérapeute de couple, Magalie Singh travaille simultanément le symptôme et son terrain relationnel — indispensable quand une cause médicale a déclenché une crise conjugale.
Une pratique articulée au soin somatique. Aucune posture alternative, aucune défiance envers la médecine : le rôle du sexothérapeute est de renvoyer vers le médecin ce qui lui appartient et de traiter ce qui relève du psychique et du relationnel.
Un cabinet au cœur de Paris 8e, 4 rue de Berri, et un suivi en visio pour les patients qui préfèrent la discrétion ou dont l’agenda ne permet pas le déplacement.
Une parole publique assumée. Intervenante sur CNEWS sur les questions de couple et de sexualité, Magalie Singh défend une approche clinique, sans jugement et sans injonction à la performance.
Questions fréquentes
Puis-je arrêter mon traitement si je pense qu’il coupe mon désir ?
Non, jamais de votre propre initiative. L’arrêt brutal de certains traitements — antidépresseurs, antihypertenseurs, antiépileptiques — expose à des risques sérieux. La bonne démarche est d’en parler à votre prescripteur, qui dispose souvent de plusieurs alternatives.
Comment aborder le sujet avec mon médecin sans gêne ?
Une formulation factuelle fonctionne très bien : indiquez la date d’apparition, le lien chronologique avec la prescription, et ce qui a changé précisément. Les médecins reçoivent cette information comme un élément clinique utile, pas comme une confidence déplacée. Préparer trois phrases à l’avance suffit généralement.
Mon traitement est indispensable et ne peut pas être changé. Que faire ?
C’est une situation fréquente, et elle n’est pas sans issue. Le travail porte alors sur l’adaptation du répertoire sexuel, la réduction de l’anxiété de performance, le choix des moments et la qualité du dialogue. La satisfaction sexuelle dépend beaucoup moins de la mécanique qu’on ne le croit.
Faut-il venir en couple ou seul ?
Les deux sont possibles. Venir seul permet de clarifier la part iatrogène et la part personnelle ; venir à deux permet de désamorcer directement le malentendu, qui est souvent la partie la plus douloureuse.
Combien de temps pour retrouver une sexualité satisfaisante ?
Cela dépend de l’ancienneté de la difficulté et de la possibilité d’ajuster le traitement. Quand la situation est prise tôt, une amélioration nette apparaît souvent en quelques séances. Quand des années d’évitement se sont accumulées, le travail est plus long, mais il aboutit.
Votre désir a changé depuis un nouveau traitement ?
Une première séance suffit souvent à distinguer ce qui vient du médicament et ce qui vient du couple. Cabinet 4 rue de Berri, Paris 8e, ou en visio.
Références bibliographiques
- Inserm, Santé publique France, ANRS. Contexte des sexualités en France (CSF-2023) — Santé sexuelle. csf.inserm.fr
- Inserm, Santé publique France, ANRS. Contexte des sexualités en France (CSF-2023) — Activités sexuelles. csf.inserm.fr
- Montejo A. L. et al. Sexual dysfunction with antidepressive agents. Journal of Clinical Psychiatry, 2001.
- Basson R. The female sexual response: a different model. Journal of Sex and Marital Therapy, 2000.
- Organisation mondiale de la santé. Defining sexual health: report of a technical consultation on sexual health. Genève, 2006.
