Le protocole est terminé. Les rendez-vous s’espacent, les cheveux repoussent, l’entourage souffle. Et dans le silence qui suit, une question que presque personne n’a posée pendant les mois de traitement s’installe : et notre vie intime, maintenant ? Beaucoup de femmes suivies pour un cancer du sein découvrent que le plus difficile ne commence pas au diagnostic, mais après. Le corps a changé, le désir s’est éteint sans prévenir, le conjoint n’ose plus tendre la main de peur de mal faire. On se retrouve à deux dans une chambre où plus personne ne sait par où commencer. Ce n’est ni un échec, ni un caprice, ni quelque chose qui « passera tout seul ». C’est un moment de la vie d’un couple qui se travaille, avec méthode et avec douceur. Au cabinet du 4 rue de Berri, dans le 8e arrondissement de Paris, comme en visioconférence, c’est un motif de consultation que je reçois régulièrement — et l’un de ceux où les choses bougent le plus vite quand on ose enfin en parler.

Couple se tenant la main sur un chemin, symbole de la reconstruction de l'intimité après un cancer du sein
Après les traitements, l’intimité se reconstruit par étapes, au rythme du couple.

Pourquoi la sexualité reste le grand impensé de l’après-cancer

Pendant la maladie, tout l’espace mental est occupé par la survie. Les consultations parlent de marges, de protocoles, de bilans. La sexualité, elle, n’entre presque jamais dans la conversation — ni du côté médical, ni du côté du couple. Les soins de support progressent, la question de la vie intime est aujourd’hui reconnue comme un enjeu de qualité de vie à part entière, mais dans les faits, très peu de patientes se voient proposer spontanément un espace pour en parler.

Il y a aussi une raison plus intime : parler de désir quand on a eu peur de mourir semble presque indécent. Beaucoup de femmes me disent la même phrase à la première séance : « Je devrais être contente d’être là, je n’ai pas le droit de me plaindre de ça. » Ce sentiment de culpabilité verrouille la parole pendant des mois, parfois des années. Le conjoint, de son côté, s’est construit un rôle d’aidant : il a accompagné, rassuré, tenu bon. Redevenir un partenaire désirant après avoir été un soutien ne va pas de soi — on ne quitte pas si facilement le costume de l’accompagnant.

Le résultat est un malentendu classique : chacun protège l’autre en se taisant, et chacun interprète le silence de l’autre comme un désintérêt. C’est exactement le type de nœud qu’une thérapie de couple permet de défaire, parce qu’elle remet les deux versions de l’histoire dans la même pièce.

Ce qui change concrètement : le corps, le désir, le regard

Un corps qu’il faut réapprendre

Chirurgie, radiothérapie, hormonothérapie : les traitements laissent des traces visibles et invisibles. Cicatrices, reconstruction, asymétrie, perte de sensibilité d’une zone qui était jusque-là érogène, fatigue durable, ménopause parfois brutalement anticipée. Le corps que l’on retrouve n’est pas celui que l’on avait quitté. Il faut réapprendre à l’habiter avant de pouvoir le partager. Beaucoup de femmes évitent le miroir, s’habillent dans le noir, refusent d’être touchées à un endroit précis — et personne ne l’a dit à voix haute.

Les effets physiologiques, eux, relèvent du suivi médical : sécheresse, douleurs, bouffées de chaleur, effets de l’hormonothérapie doivent être abordés avec l’oncologue ou le gynécologue, qui disposent de solutions concrètes. La sexothérapie ne remplace jamais cet accompagnement médical, elle le complète. Ce que je travaille, ce sont les dimensions relationnelle, émotionnelle et érotique — celles que la médecine ne prend pas en charge.

Un désir qui ne revient pas « comme avant »

C’est la source de découragement numéro un. On attend le retour d’un désir spontané, celui d’avant, et il ne vient pas. Or le désir spontané n’est qu’une des formes du désir. Chez beaucoup de femmes — et particulièrement après une épreuve de santé — le désir est réactif : il naît de la situation, du contexte, de la sécurité ressentie, et non l’inverse. Autrement dit, il ne précède pas l’intimité, il en découle. Attendre passivement qu’il « revienne » est le meilleur moyen de ne jamais le voir revenir.

Un partenaire qui n’ose plus

Du côté du conjoint, j’entends presque toujours la même chose : « J’ai peur de lui faire mal », « je ne veux pas qu’elle se sente réduite à ça », « j’attends qu’elle me fasse signe ». Ces intentions sont bienveillantes, mais leur effet est dévastateur : l’absence d’initiative est vécue comme une absence de désir. Elle se croit devenue indésirable, il se croit respectueux. Il suffit souvent de deux séances pour que ce contresens se dissipe — et le soulagement est spectaculaire.

Séance d'écoute active entre deux partenaires en sexothérapie à Paris
Remettre les deux versions de l’histoire dans la même pièce défait la plupart des malentendus.

Les signes qu’il est temps de consulter

Il n’y a pas de délai « normal » pour retrouver une vie intime après un cancer du sein. En revanche, certains signaux méritent qu’on ne les laisse pas s’installer :

Consulter ne signifie pas que votre couple va mal. Dans la grande majorité des situations que je reçois, les deux partenaires s’aiment et sont simplement à court de mode d’emploi.

L’approche Ataméa : reconstruire l’intimité par étapes

Ma méthode ne consiste jamais à fixer un objectif de performance ni un calendrier de « reprise ». Elle repose sur trois principes.

Premier principe : on sépare le toucher de l’enjeu. Tant que chaque geste est perçu comme le début d’une séquence obligatoire, il devient anxiogène et le couple l’évite. Nous commençons donc par restaurer un territoire de contact sans attente — un travail progressif, structuré, qui se poursuit à la maison à un rythme choisi ensemble. C’est la logique des approches sensorielles utilisées en sexologie clinique, adaptée à chaque histoire.

Deuxième principe : on remet des mots avant de remettre des gestes. Nommer la cicatrice, dire ce qui est possible et ce qui ne l’est pas encore, formuler ce que l’on redoute d’entendre. Une intimité ne se répare pas dans le non-dit.

Troisième principe : on réhabilite le plaisir sous toutes ses formes. Le plaisir ne se limite pas à ce que les traitements ont pu abîmer. Redécouvrir une carte du corps plus large, sans hiérarchie ni norme, est souvent l’étape la plus libératrice — et parfois la porte d’entrée vers une sexualité plus riche qu’avant la maladie. C’est une dynamique proche de celle que je décris à propos de la ménopause et de la sexualité, où le corps change également les règles du jeu.

Comment se déroule l’accompagnement

La première séance dure une heure. Elle sert à poser l’histoire : le parcours médical, l’état actuel du couple, ce que chacun attend. Je reçois indifféremment en couple ou en individuel — certaines femmes préfèrent venir seules les premières fois, et c’est parfaitement légitime.

Les séances suivantes alternent temps de parole et propositions concrètes à expérimenter entre deux rendez-vous. Le rythme habituel est d’une séance tous les quinze jours, ajustable selon la fatigue — un point non négociable quand on sort d’un protocole lourd. Beaucoup de situations s’améliorent nettement en huit à douze séances.

Le cabinet se trouve 4 rue de Berri, Paris 8e, à quelques minutes des Champs-Élysées et facilement accessible depuis Neuilly-sur-Seine, Levallois-Perret ou Boulogne-Billancourt. Pour celles dont la fatigue rend les déplacements difficiles, ou qui poursuivent un suivi loin de Paris, la visioconférence est une option pleinement équivalente : le cadre thérapeutique y est strictement le même, et l’intimité du domicile facilite souvent la parole. C’est aussi la formule que retiennent de nombreux couples confrontés à une maladie chronique au sein du couple.

Mains d'un couple qui se reconnectent après une épreuve de santé
Le contact sans enjeu est le premier terrain que l’on remet en état.

Ce qui distingue mon accompagnement

Je suis à la fois sexothérapeute et thérapeute de couple, et c’est déterminant sur ce sujet précis. Traiter la sexualité sans la relation revient à réparer une pièce en ignorant la maison ; traiter la relation sans oser parler du corps laisse le problème intact. Les deux se travaillent ensemble, dans le même espace.

J’exerce à Paris 8e, j’interviens régulièrement dans les médias — notamment sur CNEWS — sur les questions de couple et de sexualité, et je reçois en français comme en anglais. Sur les sujets touchant à la maladie, mon cadre est clair : aucune position médicale, aucun jugement, et une articulation assumée avec votre équipe soignante lorsque c’est utile.

Reprendre la conversation, à deux ou seule

Une première séance suffit souvent à mesurer ce qui peut se remettre en mouvement. Cabinet Paris 8e ou visioconférence, en français ou en anglais.

Prendre rendez-vous

Questions fréquentes

Faut-il attendre la fin complète des traitements pour consulter ?

Non. On peut commencer pendant l’hormonothérapie ou la phase de surveillance. Le travail s’adapte à la fatigue et aux contraintes du moment ; commencer tôt évite que l’évitement ne s’installe durablement.

Mon conjoint refuse de venir. Est-ce que cela vaut quand même la peine ?

Oui. Un travail individuel modifie la dynamique du couple, et il n’est pas rare que le partenaire demande à rejoindre le processus après quelques séances, une fois rassuré sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un tribunal.

Je n’ai plus aucun désir. Est-ce définitif ?

Dans l’immense majorité des cas, non. Le désir se reconstruit, souvent différemment. Les traitements peuvent en modifier durablement les conditions d’apparition, mais rarement en supprimer toute possibilité — d’où l’intérêt de dissocier désir et spontanéité.

Devrai-je parler de choses très intimes dès la première séance ?

Non. Vous parlez de ce que vous voulez, au rythme que vous choisissez. Mon rôle est de rendre le sujet abordable, pas de forcer une confidence.

La visio est-elle vraiment aussi efficace qu’en cabinet ?

Pour ce type d’accompagnement, oui. La seule exigence est un lieu où vous ne serez pas interrompue, et une connexion stable.

Et si le problème est surtout physique ?

Les douleurs, la sécheresse ou les effets de l’hormonothérapie relèvent de votre médecin. Nous travaillons en parallèle, et je vous encourage systématiquement à faire remonter ces symptômes à votre équipe : des solutions existent, et elles sont trop rarement demandées.

Références bibliographiques

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