Il n’y a eu ni cri, ni refus, ni dispute. Juste ce petit « oui » du bout des lèvres, un soir de semaine, parce qu’il était plus simple de dire oui que d’expliquer pourquoi non. Le lendemain matin, rien ne s’est passé — et pourtant quelque chose s’est déplacé. C’est ce territoire-là, celui des oui qui ne sont pas tout à fait des oui, que beaucoup de couples découvrent en consultation. Le consentement, dans une relation installée depuis huit, quinze ou vingt-cinq ans, n’est pas une case à cocher : c’est un dialogue permanent, jamais acquis une fois pour toutes, et c’est souvent là que le désir s’est silencieusement enrayé.
Les chiffres de l’enquête nationale Contexte des sexualités en France (Inserm / Santé publique France, 2023) donnent la mesure du phénomène : 43,7 % des femmes et 23,4 % des hommes de 18 à 69 ans déclarent avoir souvent ou parfois des rapports sexuels pour faire plaisir à leur partenaire sans en avoir vraiment envie eux-mêmes. Ce n’est pas un fait divers : c’est une expérience majoritaire chez les femmes, et loin d’être marginale chez les hommes. Dans mon cabinet du 8e arrondissement de Paris comme en visio, ce sujet arrive rarement en premier — il apparaît au bout de deux ou trois séances, quand la confiance est là.

Pourquoi le consentement devient flou dans les couples de longue durée
Le consentement a été massivement pensé — et enseigné — pour la rencontre, le début de relation, la sexualité entre personnes qui se connaissent peu. Or dans un couple installé, les repères se brouillent pour des raisons très concrètes.
L’habitude fabrique de la présomption
Quand on partage un lit depuis des années, on cesse de demander parce qu’on croit savoir. Le corps de l’autre est devenu familier, ses réactions prévisibles, ses préférences supposées connues. Cette familiarité est un trésor — c’est aussi ce qui autorise l’un à initier sans vérifier, et l’autre à ne plus signaler que quelque chose a changé. La présomption de consentement s’installe à bas bruit, souvent sans la moindre mauvaise intention.
Dire non coûte plus cher qu’avec un inconnu
Refuser une avance dans un couple, ce n’est pas seulement refuser un acte : c’est risquer de blesser quelqu’un qu’on aime, de relancer une discussion pénible, de nourrir un sentiment de rejet qu’on connaît par cœur. Beaucoup de patients me disent la même phrase : « c’était plus rapide de dire oui ». Le oui de facilité est un vrai calcul émotionnel, pas une lâcheté — et il a un coût différé, parce qu’il crée une dette silencieuse.
L’héritage du « devoir conjugal »
Il faut le nommer, parce qu’il circule encore : l’idée qu’un engagement amoureux impliquerait une disponibilité sexuelle par défaut. Cette représentation n’a plus aucune assise juridique en France, et elle n’a jamais eu de fondement clinique. Elle survit pourtant dans les têtes, transmise par les familles, les récits, parfois les silences. Elle produit deux souffrances symétriques : celui ou celle qui se sent obligé·e, et celui ou celle qui se croit en droit puis se découvre coupable.
Le désir n’a jamais eu le même rythme des deux côtés
Une part du flou vient d’une méconnaissance simple : le désir spontané n’est pas la seule façon normale de désirer. Beaucoup de personnes — plus souvent des femmes, mais pas seulement — fonctionnent sur un désir dit réceptif, qui apparaît après le début de l’intimité, pas avant. Quand le couple ignore cela, il interprète l’absence d’élan initial comme un refus définitif, ou au contraire force le passage en espérant que « ça viendra ». Les deux lectures abîment.
Les signes qu’il est temps de consulter
Il n’y a pas besoin d’une crise majeure pour venir. Ces signaux, souvent minimisés, sont ceux qui reviennent le plus dans mes consultations parisiennes.
- Vous avez développé des stratégies d’évitement : se coucher plus tard que l’autre, invoquer systématiquement la fatigue, transformer la chambre en zone de négociation implicite.
- Vous ressentez un soulagement quand rien ne se passe — et ce soulagement vous inquiète vous-même.
- L’un de vous a pris l’habitude de simuler l’envie plutôt que d’expliquer son absence, ce qui rend impossible toute conversation honnête ensuite.
- L’autre a cessé d’initier par peur d’être refusé ou d’être perçu comme insistant, et cette prudence est vécue comme un abandon.
- Après un rapport, il y a de la tristesse, de la colère sourde ou un vide plutôt que de la détente.
- Vous ne parlez plus de sexualité du tout — le silence est devenu le seul accord possible.
- Une grossesse, un accouchement, une maladie, une ménopause ou un traitement ont modifié le corps de l’un des deux et personne n’a osé rouvrir le sujet depuis.
Un point que je pose toujours clairement dès le premier entretien : la thérapie de couple n’est pas le cadre adapté lorsqu’il existe des violences, des contraintes ou des menaces. Dans ces situations, le travail conjoint peut aggraver le rapport de force. La priorité est alors un accompagnement individuel et, si nécessaire, une orientation vers les dispositifs spécialisés (3919, associations d’aide aux victimes, médecin traitant). Ce n’est pas une dérobade : c’est une question de sécurité.

La méthode Ataméa appliquée au consentement
Mon approche croise la sexothérapie et la thérapie de couple — deux compétences distinctes que peu de praticiens réunissent, et dont la combinaison est ici décisive : le consentement est à la fois une affaire de corps et une affaire de lien.
1. Sortir du procès
La première séance ne cherche pas à établir qui a eu tort. Elle sert à désigner le problème comme un problème du couple, pas d’un coupable et d’une victime. Tant que l’un se défend et l’autre accuse, aucune parole vraie n’est possible. Je pose un cadre où chacun peut décrire son expérience sans être interrompu ni jugé.
2. Recréer un vocabulaire
Beaucoup de couples n’ont, littéralement, aucun mot commun pour parler de leur sexualité. Nous en construisons un, précis et non clinique, qui permet de dire « pas ce soir », « oui mais autrement », « j’ai envie de proximité sans rapport ». L’objectif n’est pas la formule magique : c’est d’élargir l’espace entre le oui total et le non total, là où la vie réelle se joue.
3. Travailler le refus des deux côtés
Un consentement n’a de valeur que si le refus est réellement possible. Nous travaillons donc deux compétences en miroir : oser dire non sans se justifier pendant vingt minutes, et recevoir un non sans s’effondrer ni punir. C’est souvent le deuxième point qui débloque la situation : quand le refus cesse d’être catastrophique, le oui redevient crédible.
4. Réapprendre le corps avant de réapprendre le sexe
J’utilise des propositions corporelles progressives, à faire chez soi, qui suspendent temporairement l’objectif du rapport pour redonner la place à la sensation, au toucher, au plaisir non finalisé. Ce détour paraît lent ; il est en réalité le chemin le plus court, parce qu’il désamorce l’anxiété de performance des deux côtés.
5. Nommer ce qui vient d’avant
Chez certains couples, le flou du consentement s’enracine dans une histoire antérieure : une agression, une éducation rigide, une honte du corps, un rapport douloureux jamais dit. Quand c’est le cas, un temps individuel est proposé en parallèle, à son rythme, sans jamais forcer le récit devant l’autre.
Comment se déroulent les séances, à Paris 8e ou en visio
Le cabinet se trouve 4 rue de Berri, dans le 8e arrondissement de Paris, à quelques minutes des Champs-Élysées, accessible depuis Saint-Philippe-du-Roule, George V ou Charles-de-Gaulle–Étoile. L’accès est simple pour les personnes travaillant dans le quartier d’affaires, mais aussi pour celles qui viennent de Neuilly-sur-Seine, Levallois-Perret, Boulogne-Billancourt ou Courbevoie.
La première séance de couple dure 60 minutes et coûte 300 €. Elle sert à poser l’histoire, à entendre les deux versions et à définir un objectif de travail réaliste. Les séances suivantes s’espacent généralement de deux à trois semaines, le temps que les propositions faites à la maison produisent quelque chose. Un accompagnement de ce type demande le plus souvent entre six et douze séances — je le dis dès le départ, parce qu’un cadre flou entretient l’angoisse.
La consultation en visio donne d’excellents résultats sur ce sujet précis, pour deux raisons : elle permet de travailler depuis chez soi, dans l’environnement même où les scènes se déroulent, et elle rend possible la régularité quand les emplois du temps sont chargés ou les déplacements professionnels fréquents. Elle est aussi la solution pour les couples qui vivent temporairement à distance. Toute séance annulée moins de 48 heures à l’avance reste due, une règle qui protège la régularité du travail.

Ce qui distingue mon accompagnement
Je suis sexothérapeute et thérapeute de couple, et j’exerce à Paris 8e ainsi qu’en visio. Cette double casquette change la façon d’aborder le consentement : je ne renvoie pas la sexualité à « ce qui ira mieux quand vous communiquerez », et je ne traite pas non plus un symptôme sexuel isolé du lien qui le porte. Les deux niveaux se travaillent ensemble, dans la même séance.
Mon travail m’a amenée à intervenir dans les médias, notamment sur CNEWS, sur des sujets de couple et de sexualité — un exercice qui oblige à parler clair, sans jargon et sans complaisance. C’est aussi la façon dont je conduis les séances : on nomme les choses avec les mots justes, on ne fait pas semblant, et on avance sur du concret.
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter ma page dédiée à la thérapie de couple, celle consacrée à la sexothérapie à Paris, ainsi que l’article sur le trouble du désir masculin et celui sur ménopause, sexualité et plaisir, deux contextes où la question du consentement se repose entièrement.
Questions fréquentes
Parler de consentement dans un couple de vingt ans, ce n’est pas exagéré ?
Non, et c’est même souvent plus utile qu’au début d’une relation. Vingt ans d’histoire commune ne dispensent pas de vérifier l’envie du jour : ils rendent seulement la vérification moins spontanée. Beaucoup de couples redécouvrent, en le faisant, une forme de tension érotique qu’ils croyaient perdue.
Mon/ma partenaire refuse de venir. Puis-je consulter seul·e ?
Oui. Un travail individuel est possible et souvent fécond : il permet de clarifier ce que vous voulez, de retrouver la légitimité de votre parole, et parfois de modifier la dynamique du couple sans que l’autre soit dans la pièce. Il n’est jamais nécessaire d’attendre l’accord de l’autre pour commencer.
J’ai peur d’être désigné comme le fautif en séance.
C’est une crainte fréquente, en particulier chez les hommes. Mon rôle n’est pas de rendre un verdict : je ne travaille pas sur les intentions mais sur les mécanismes. Dans l’immense majorité des situations, personne n’a agi par malveillance — les deux ont manqué d’un langage commun.
Devrons-nous parler de détails intimes devant vous ?
Vous parlez de ce que vous choisissez de partager. Le travail sexothérapeutique se conduit avec précision mais sans voyeurisme, et rien ne vous est demandé qui n’ait de fonction thérapeutique. Aucun exercice ne se pratique pendant la séance.
Combien de temps avant de sentir une amélioration ?
Les premiers effets — souvent un apaisement, la fin des malentendus les plus douloureux — apparaissent en général entre la troisième et la cinquième séance. Le rétablissement d’une sexualité choisie demande davantage de temps, parce qu’il suppose de reconstruire de la confiance, pas seulement de la technique.
Et si nous découvrons que nos désirs sont incompatibles ?
C’est une issue possible, et elle n’est pas un échec de la thérapie. Certains couples repartent avec une sexualité renouvelée, d’autres avec un arrangement qu’ils assument, d’autres encore choisissent de se séparer sans se détruire. Le but n’est pas de sauver le couple à tout prix : c’est que chacun cesse de se trahir.
Vous reconnaissez votre couple dans ces lignes ? Il n’est pas nécessaire d’attendre que la situation s’aggrave. Une première séance suffit souvent à remettre des mots là où le silence s’était installé.
Prendre rendez-vous avec Magalie Singh
Cabinet 4 rue de Berri, Paris 8e — ou en visio
Deux outils pour commencer dès aujourd’hui
Références bibliographiques
- Inserm, Santé publique France, ANRS. Contexte des sexualités en France (CSF 2023) — Activités sexuelles. csf.inserm.fr
- Inserm, Santé publique France, ANRS. Contexte des sexualités en France (CSF 2023) — Santé sexuelle. csf.inserm.fr
- Basson, R. « The female sexual response: a different model », Journal of Sex & Marital Therapy, 2000 — modèle du désir réceptif.
- Masters, W. H. & Johnson, V. E. Human Sexual Inadequacy, Little, Brown & Co., 1970 — fondements des propositions de focalisation sensorielle.
- Gottman, J. M. & Silver, N. Les Couples heureux ont leurs secrets, JC Lattès, 2000 — travaux sur la réparation des ruptures relationnelles.


