Ils habitent à deux pas de la Grande Arche. Elle vient d’être nommée directrice associée dans un cabinet de conseil ; il a quitté son poste il y a quatorze mois et enchaîne les missions freelance sans jamais retrouver son niveau de revenus d’avant. Sur le papier, le couple va bien : deux enfants, un appartement, des projets. Dans le cabinet, la première phrase qu’il prononce est pourtant : « j’ai l’impression d’être devenu son colocataire ». Le déséquilibre de réussite professionnelle est l’un des sujets les plus tus de la vie conjugale, et l’un des plus corrosifs. Il ne se dit jamais frontalement : il s’infiltre dans les silences à table, dans la répartition des tâches, dans la façon dont on se touche — ou dont on ne se touche plus.
Pourquoi l’écart de réussite fragilise autant les couples
Le quartier d’affaires de La Défense, Puteaux, Courbevoie et les communes qui les entourent concentrent une densité rare de cadres, de consultants, d’ingénieurs et de dirigeants. On y travaille beaucoup, on y compare beaucoup. Et lorsque deux trajectoires professionnelles partent dans des directions différentes, le couple se retrouve à gérer bien plus qu’une question d’argent.
Trois mécanismes se superposent presque toujours.
Le premier est identitaire. Dans nos milieux professionnels, le métier n’est pas seulement une source de revenus : c’est une part importante de la réponse à la question « qui suis-je ? ». Quand l’un des deux voit cette réponse s’effriter — placard, licenciement, burn-out, reconversion qui traîne, congé parental prolongé — ce n’est pas seulement un salaire qui disparaît, c’est un morceau d’estime de soi. Et un partenaire qui doute de sa propre valeur devient souvent, sans le vouloir, un partenaire moins disponible affectivement.
Le deuxième est relationnel. Un couple fonctionne sur un équilibre implicite de contributions : qui apporte quoi, qui décide de quoi, qui a le droit de se plaindre de sa journée. Quand les revenus se déséquilibrent brutalement, ce contrat invisible saute. Celui qui gagne moins n’ose plus dire non aux week-ends de travail de l’autre. Celui qui gagne plus s’autorise, parfois sans s’en rendre compte, un droit de veto sur les décisions communes. Le pouvoir change de main sans qu’aucun des deux n’ait accepté ce transfert à voix haute.
Le troisième est culturel et genré. Lorsque c’est la femme qui réussit davantage, le couple se heurte à des scénarios intériorisés très anciens, y compris chez des personnes qui se pensent parfaitement égalitaires. Beaucoup d’hommes décrivent une honte diffuse qu’ils n’arrivent pas à nommer. Beaucoup de femmes décrivent une culpabilité de réussir, et le réflexe de se surcharger à la maison pour « compenser ». Quand c’est l’homme qui réussit davantage, la femme évoque fréquemment le sentiment d’être devenue une fonction logistique plutôt qu’une partenaire désirée.

Il faut ajouter à cela un facteur concret : la charge de travail. Les couples de cadres franciliens décrivent des semaines où les temps de présence réelle se comptent en heures. Les données de l’enquête nationale Contexte des sexualités en France (Inserm, 2023) montrent d’ailleurs que la fréquence des rapports sexuels a nettement diminué au fil des trente dernières années, y compris chez les couples cohabitants, passant en moyenne de 8,1 à 6,0 rapports sur quatre semaines chez les femmes et de 9,0 à 6,7 chez les hommes entre 1992 et 2023. La fatigue professionnelle n’explique pas tout, mais elle pèse — et lorsqu’elle s’ajoute à un déséquilibre de statut, l’érosion du désir s’accélère.
Les signes qu’il est temps de consulter
Peu de couples arrivent en disant « nous avons un problème de déséquilibre de réussite ». Ils arrivent avec des symptômes. Voici ceux qui reviennent le plus souvent.
Les conversations d’argent deviennent impossibles
Chaque discussion budgétaire dérape en dix minutes. L’un parle de chiffres, l’autre entend un jugement sur sa valeur. Quand le mot « budget » déclenche systématiquement une dispute, ce n’est plus une question de comptabilité, c’est une question de reconnaissance.
Les réussites de l’autre ne se fêtent plus
Une promotion annoncée avec précaution, presque en s’excusant. Un contrat signé qu’on ne mentionne pas pour « ne pas remuer le couteau ». Le jour où l’on cache ses bonnes nouvelles à son partenaire, l’intimité a déjà reculé.
Une asymétrie silencieuse dans la vie domestique
Celui qui gagne moins compense en prenant tout : enfants, logistique, rendez-vous médicaux, école. Cela paraît juste au début, puis cela devient un statut. La compensation par la charge domestique est l’un des pièges les plus fréquents et les plus destructeurs — elle installe une hiérarchie sans que personne ne l’ait décidée.
Le désir s’éteint d’un côté seulement
C’est souvent le signe le plus parlant. Le partenaire en difficulté professionnelle ne se sent plus désirable, et se retire avant même d’avoir pu être rejeté. L’autre interprète ce retrait comme un désamour et s’éloigne à son tour. En quelques mois, le couple ne se touche plus.
L’ironie remplace la tendresse
Des piques déguisées en humour devant des amis. Des remarques sur « celui qui paie », sur « celui qui a du temps ». L’humour agressif est presque toujours le signal d’une colère qui n’a pas trouvé de mots directs.
Si vous reconnaissez trois de ces signes ou plus, il n’est pas prématuré de consulter — c’est au contraire le bon moment. Les couples qui viennent tôt travaillent sur un matériau encore vivant ; ceux qui attendent deux ans arrivent avec des rancunes durcies. Le même constat vaut pour d’autres formes de retrait affectif : voir à ce sujet notre article sur la distance émotionnelle dans le couple.
L’approche Ataméa : sortir de la comparaison, revenir au contrat
La tentation, face à ce sujet, est de chercher un coupable : celui qui travaille trop, celui qui ne travaille pas assez. La méthode Ataméa refuse cette lecture. Un déséquilibre de réussite n’est pas une faute individuelle, c’est un événement qui arrive au couple et que le couple n’a pas encore appris à traiter.
Le travail se déploie sur trois axes.
Rendre le contrat implicite explicite. Nous mettons à plat ce que chacun croit devoir apporter et ce que chacun croit avoir le droit de recevoir. Beaucoup de couples découvrent en séance que leurs règles ne sont pas les mêmes — l’un fonctionne sur une logique de contribution financière, l’autre sur une logique de présence et de disponibilité. Nommer ces logiques désamorce une grande partie du conflit.
Séparer la valeur de la performance. C’est le cœur clinique du travail. Un partenaire n’est pas la somme de ses résultats professionnels, mais encore faut-il que le couple dispose d’un vocabulaire pour le dire autrement que par des encouragements creux. Nous travaillons sur la manière concrète de reconnaître l’autre : ce qui compte, ce qui se voit, ce qui se dit.
Rouvrir le terrain du désir. Parce que ce déséquilibre atteint presque toujours la sexualité, la dimension sexothérapeutique est intégrée à la prise en charge plutôt que renvoyée à un second temps. Cela suppose d’aborder l’estime de soi, le sentiment d’être désirable, et parfois des sujets plus intimes que les couples n’osent pas soulever seuls — comme ceux évoqués dans notre article sur le trouble du désir masculin.

Comment se déroule concrètement la thérapie
La première séance dure une heure et sert à poser le cadre : ce que chacun vient chercher, depuis quand la situation dure, ce qui a déjà été tenté. Elle se tient au cabinet du 4 rue de Miromesnil, Paris 8e, à quelques minutes des Champs-Élysées et directement accessible depuis La Défense par le RER A ou la ligne 1.
Les séances suivantes alternent selon les besoins : travail à deux la plupart du temps, séances individuelles ponctuelles lorsqu’un des deux a besoin d’un espace propre — c’est fréquent quand l’un traverse une période professionnelle douloureuse qu’il ne veut pas exposer entièrement devant l’autre. Ces séances individuelles ne sont jamais un lieu de confidences secrètes : le cadre est explicité dès le départ.
Pour les couples de cadres aux agendas saturés, la téléconsultation est une option pleinement thérapeutique, pas un pis-aller. Elle permet de tenir un rythme régulier malgré les déplacements professionnels, et beaucoup de couples alternent présentiel et visio sans perte d’efficacité. Une séance de visio depuis deux pièces différentes est également possible lorsque l’un est en déplacement.
Le rythme habituel est d’une séance tous les quinze jours. La plupart des couples observent un premier déblocage entre la troisième et la sixième séance — non pas parce que la situation professionnelle a changé, mais parce qu’ils ont cessé d’en faire un procès.
Ce qui distingue Magalie Singh
Magalie Singh est à la fois thérapeute de couple et sexothérapeute. Cette double compétence change concrètement la prise en charge : un déséquilibre de statut professionnel qui a éteint la vie intime n’a pas besoin d’être traité par deux praticiens successifs. Le lien entre estime de soi, position dans le couple et désir se travaille dans le même espace.
Elle reçoit au cabinet Ataméa, 4 rue de Miromesnil dans le 8e arrondissement de Paris, et en téléconsultation pour l’ensemble de l’Île-de-France — Puteaux, La Défense, Courbevoie, Neuilly-sur-Seine, Levallois-Perret et au-delà. Son intervention dans les médias, notamment sur CNEWS, l’a amenée à travailler régulièrement sur les sujets de couple contemporains, dont ceux liés au travail et à la performance.
Sa pratique se caractérise par un cadre clair, une parole directe et une absence de complaisance : l’objectif n’est pas de désigner un responsable, mais de rendre au couple sa capacité de décision commune. Certains couples repartent avec un projet renouvelé, d’autres avec une séparation choisie plutôt que subie ; dans les deux cas, ils repartent en ayant compris ce qui s’était joué.

Questions fréquentes
Faut-il attendre que la situation professionnelle se stabilise avant de consulter ?
Non, et c’est même souvent l’inverse. La période d’incertitude est précisément celle où les mécanismes de retrait s’installent. Consulter pendant la zone de turbulence évite que le couple ne prenne des habitudes qu’il faudra ensuite défaire.
Mon conjoint refuse de venir. Que puis-je faire ?
Une première séance individuelle est possible. Elle permet de clarifier votre propre position et, très souvent, de modifier suffisamment la dynamique pour que l’autre accepte de venir. Le refus initial est rarement un refus définitif : il traduit le plus souvent la peur d’être mis en accusation.
Est-ce vraiment un sujet de thérapie, ou un simple problème d’organisation ?
Si la question se réglait par un tableau Excel, vous l’auriez déjà réglée. Ce qui résiste, ce n’est pas la logistique, c’est ce que le déséquilibre raconte à chacun sur sa propre valeur.
Combien de séances faut-il prévoir ?
Il n’existe pas de durée standard. Pour cette problématique, la fourchette habituelle se situe entre huit et quinze séances. Un point d’étape est systématiquement posé vers la sixième séance pour évaluer ensemble ce qui a bougé.
La téléconsultation est-elle adaptée à ce type de sujet ?
Oui. Le travail sur la reconnaissance, le contrat implicite et la parole fonctionne très bien en visio. Pour des couples travaillant à La Défense avec des horaires imprévisibles, la régularité permise par la visio vaut souvent mieux qu’un présentiel constamment reporté.
Et si l’un de nous souhaite en réalité se séparer ?
C’est une hypothèse qui peut être posée en séance sans que cela mette fin au travail. Une thérapie de couple ne garantit pas le maintien de la relation : elle garantit que la décision, quelle qu’elle soit, sera prise en connaissance de cause et non dans l’épuisement.
Vous vous reconnaissez dans cette situation ?
Magalie Singh reçoit au cabinet Ataméa, 4 rue de Miromesnil, Paris 8e, et en téléconsultation depuis Puteaux, La Défense et toute l’Île-de-France.
Références bibliographiques
- Inserm / ANRS-MIE, Contexte des sexualités en France (CSF 2023) — Activités sexuelles : évolution de la fréquence des rapports, 1992-2023.
- Inserm / ANRS-MIE, Enquête Contexte des sexualités en France — présentation et méthodologie, 2023.
- Gottman, J. M. & Silver, N., The Seven Principles for Making Marriage Work, Harmony Books, édition révisée 2015.
- Perel, E., L’intelligence érotique : faire vivre le désir dans le couple, Robert Laffont, 2007.
- Kellerhals, J., Widmer, E., Levy, R., Mesure et démesure du couple : cohésion, crises et résilience, Payot, 2004.
