Elle est enceinte de cinq mois. Il n’ose plus la toucher « pour ne pas déranger le bébé ». Elle interprète cette retenue comme un désintérêt pour son corps qui change. Aucun des deux n’en parle. Entre le premier test de grossesse et la naissance, neuf mois passent — et pour beaucoup de couples, ces neuf mois se traduisent par un long silence sur la sexualité pendant la grossesse. Un silence que ni l’entourage, ni le suivi obstétrical, ni parfois même le couple lui-même ne viennent rompre.

Dans mon cabinet du 4 rue de Berri, à Paris 8e, je reçois régulièrement des futurs parents qui découvrent avec surprise qu’ils ont le droit de poser cette question. Pas « est-ce dangereux ? » — les sages-femmes répondent très bien à cela — mais « pourquoi est-ce devenu si compliqué entre nous ? ». C’est une question de couple, pas seulement une question médicale. Et elle mérite un vrai espace.

Couple en attente d'un enfant retrouvant une intimité tendre lors d'un accompagnement en sexothérapie à Paris
La grossesse ne suspend pas le désir : elle en redessine les contours. Encore faut-il pouvoir le dire.

Pourquoi la grossesse bouleverse autant la vie sexuelle du couple

La grossesse est l’un des rares moments de la vie où le corps d’un des deux partenaires se transforme à vue d’œil, semaine après semaine, tandis que l’autre reste physiquement identique. Ce déséquilibre suffit à lui seul à déstabiliser un équilibre sexuel construit parfois sur des années.

Du côté de la femme enceinte, les variations hormonales ne suivent pas une courbe simple. Le premier trimestre est souvent marqué par une fatigue massive, des nausées, une sensibilité mammaire douloureuse : le désir chute, mécaniquement. Le deuxième trimestre voit fréquemment un regain — vascularisation pelvienne accrue, énergie retrouvée, corps encore mobile. Le troisième trimestre réintroduit l’inconfort : volume abdominal, reflux, douleurs lombaires, mictions nocturnes. Autrement dit, il n’y a pas « une » sexualité de la grossesse, mais au moins trois périodes différentes, qu’il serait absurde de traiter comme un bloc.

À cela s’ajoute un remaniement identitaire profond. Devenir mère implique de réorganiser la représentation de son propre corps : d’objet de désir, il devient aussi contenant, nourricier, médicalisé. Beaucoup de femmes me décrivent une forme de dissociation — « mon corps ne m’appartient plus tout à fait », « je ne sais plus si j’ai envie d’être touchée en tant que femme ou protégée en tant que future mère ». Cette question n’a rien d’anecdotique : elle touche au cœur de l’érotisme, qui suppose de pouvoir se laisser regarder et désirer.

Du côté du partenaire, un mouvement symétrique s’opère, souvent moins verbalisé. La peur de faire mal est extrêmement répandue : peur de blesser le fœtus, de déclencher une contraction, de provoquer une fausse couche. Cette crainte est presque toujours infondée dans une grossesse sans complication, mais elle est rarement formulée — donc jamais rassurée. S’y greffe parfois un trouble plus intime : voir sa compagne devenir mère peut réactiver des représentations qui rendent le désir confus, voire culpabilisant. Certains hommes me confient, avec beaucoup de gêne, qu’ils « n’arrivent plus à voir une amante ». Le dire dans un cadre neutre suffit souvent à dénouer une grande partie de la tension.

Enfin, le suivi médical lui-même transforme l’intimité. Échographies, touchers vaginaux, monitorings, prélèvements : le corps devient un lieu d’examen. Après plusieurs mois de ce régime, il n’est pas évident de recharger ce même corps d’une valeur érotique. Ce n’est pas un défaut du couple, c’est une conséquence logique de la médicalisation — mais elle demande à être nommée.

Les signes qu’il est temps de consulter un sexothérapeute

Une baisse d’activité sexuelle pendant la grossesse n’est pas en soi un problème. Le problème n’est pas la fréquence : c’est la souffrance et l’installation d’un malentendu durable. Voici les signaux qui, dans ma pratique, justifient de consulter sans attendre l’accouchement.

Le sujet est devenu impossible à aborder

Vous avez essayé une fois, la conversation s’est mal terminée, et depuis vous l’évitez. Le silence s’installe et se durcit. C’est le signal le plus fiable : quand un couple ne peut plus parler de sa sexualité, ce n’est presque jamais la sexualité qui est en cause en premier, mais la sécurité émotionnelle du dialogue.

L’un interprète le retrait de l’autre comme un rejet

Elle pense qu’il ne la trouve plus désirable. Il pense qu’elle ne veut plus de lui. Aucun des deux ne dit rien, et chacun construit une histoire — fausse — sur les intentions de l’autre. Ces attributions négatives sont un mécanisme bien documenté de dégradation conjugale, et la grossesse en est un terrain particulièrement fertile.

Les rapports sont devenus douloureux et personne n’en parle

Sécheresse, sensibilité accrue, positions devenues inconfortables : des douleurs peuvent apparaître alors qu’il n’y en avait aucune avant. Continuer « pour faire plaisir » installe une anticipation anxieuse qui, elle, peut durer bien après la naissance. Il faut d’abord un avis médical pour écarter toute cause organique, puis un travail sur l’appréhension et l’adaptation.

La grossesse réactive une histoire plus ancienne

Une grossesse précédente difficile, une fausse couche, un parcours de PMA, un accouchement antérieur vécu comme violent : tout cela peut ressurgir. Si vous avez traversé une perte, l’accompagnement du deuil périnatal en thérapie de couple constitue souvent un préalable nécessaire. De même, les couples passés par un parcours d’infertilité et de PMA arrivent parfois à la grossesse avec une sexualité déjà entièrement reconfigurée autour de la performance procréative — il faut alors réapprendre une sexualité sans objectif.

Un des deux se réfugie ailleurs

Consommation de pornographie qui augmente nettement, investissement massif dans le travail, refus systématique du contact physique même non sexuel. Ces stratégies d’évitement soulagent à court terme et creusent l’écart à moyen terme.

Séance de sexothérapie de couple à Paris 8e autour de la sexualité pendant la grossesse
Mettre des mots avant l’accouchement évite d’avoir à réparer après.

L’approche Ataméa : traiter la grossesse comme une transition, pas comme une pause

La plupart des couples abordent la grossesse comme une parenthèse à traverser, en se disant qu’« après, ça reviendra ». Mon expérience clinique dit l’inverse : ce qui n’a pas été élaboré pendant la grossesse ne se répare pas spontanément après la naissance — il se cumule avec la fatigue du post-partum. La grossesse est donc le moment le plus favorable pour travailler, pas le moins.

La méthode Ataméa repose sur trois axes.

Premier axe : nommer les deux vécus séparément avant de les réconcilier. En séance, je demande à chacun de décrire son expérience sans que l’autre ne réponde immédiatement. Ce dispositif tout simple révèle presque toujours que les deux partenaires vivent une inquiétude — mais pas la même, et surtout pas celle que l’autre imagine. Ce décalage, mis au jour, désamorce une grande partie du ressentiment.

Deuxième axe : élargir la définition de l’intimité. Beaucoup de couples ont une conception étroite de la sexualité, centrée sur la pénétration. La grossesse est une occasion de sortir de ce modèle unique : massages, caresses prolongées, sensualité non génitale, nudité partagée sans objectif. Ce travail — proche des exercices de focalisation sensorielle issus des approches de Masters et Johnson, adaptés au corps de la grossesse — a un bénéfice qui dépasse largement les neuf mois. Les couples qui l’ont fait traversent généralement mieux le post-partum.

Troisième axe : préparer explicitement l’après. Nous parlons du post-partum avant qu’il arrive : la réalité des semaines de suites de couches, la cicatrisation, l’allaitement et son effet sur la libido, la fatigue, la réorganisation du couple en trio. Poser ces sujets à l’avance évite l’effet de sidération, et c’est ce qui prépare le mieux la suite — c’est d’ailleurs la question que je traite ensuite avec le retour du désir après l’arrivée du bébé.

Je précise un point important : je ne donne jamais d’avis médical. La question de savoir si les rapports sont autorisés dans votre situation précise — col raccourci, placenta bas inséré, menace d’accouchement prématuré, grossesse gémellaire — relève exclusivement de votre sage-femme ou de votre gynécologue-obstétricien. Mon travail commence là où le leur s’arrête : sur le vécu, la communication et le lien.

Comment se déroule l’accompagnement, au cabinet Paris 8e ou en visio

La première séance dure environ une heure. Elle se déroule à deux quand c’est possible, mais je reçois aussi des femmes seules — nombreuses sont celles qui viennent d’abord vérifier que leur ressenti est légitime avant d’y associer leur partenaire. Nous établissons une anamnèse de la sexualité du couple avant la grossesse, car on ne construit pas la même chose selon que la difficulté est apparue avec la grossesse ou qu’elle préexistait.

Les séances suivantes s’espacent de deux à trois semaines. Chacune combine un temps de parole et, selon les besoins, des propositions à expérimenter chez vous entre les rendez-vous. Ces propositions sont toujours discutées et adaptées : rien n’est prescrit sans votre accord, et rien ne vise la performance.

Le cabinet se trouve au 4 rue de Berri, Paris 8e, à quelques minutes des Champs-Élysées, desservi par les stations George V et Saint-Philippe-du-Roule. Pour une femme enceinte, le confort d’accès compte : le lieu est calme, sans escalier interminable, et les créneaux sont choisis pour éviter les heures de pointe si vous le souhaitez.

La téléconsultation prend ici tout son sens. Au troisième trimestre, se déplacer devient fatigant ; en fin de grossesse, l’alitement est parfois prescrit. Les séances en visioconférence permettent de maintenir la continuité de l’accompagnement jusqu’à l’accouchement et de la reprendre très tôt après, depuis chez vous, bébé endormi à côté. La qualité du travail n’en souffre pas : sur les problématiques de couple et de sexualité, la parole médiatisée par l’écran a même parfois un effet facilitateur, notamment pour le partenaire le plus pudique.

Téléconsultation de sexothérapie de couple pendant la grossesse avec Magalie Singh
En fin de grossesse ou juste après la naissance, la visio garantit la continuité du suivi.

Ce qui distingue l’accompagnement de Magalie Singh

La double compétence est ici déterminante. Je suis à la fois sexothérapeute et thérapeute de couple : la sexualité pendant la grossesse est précisément un sujet qui échoue quand on le découpe. Un sexologue qui ne travaille pas la dynamique conjugale passera à côté du malentendu ; un thérapeute de couple qui esquive le corps laissera la question centrale intacte. Ici, les deux registres se traitent dans la même pièce, avec la même personne.

Cette approche s’appuie sur une pratique clinique nourrie de plusieurs centaines d’accompagnements de couples, et sur une expertise reconnue au-delà du cabinet : mes interventions dans les médias, notamment sur CNEWS, portent régulièrement sur les transitions de vie du couple — parentalité, désir, ruptures.

J’ajoute une chose sur la manière de travailler. Les sujets sexuels pendant la grossesse sont chargés de pudeur, souvent de honte. Mon cadre est clinique, direct, et sans complaisance : je nomme les choses avec les mots justes, sans jamais verser dans la crudité ni dans l’euphémisme gêné. La plupart des couples me disent, en fin de première séance, qu’ils sont surpris d’avoir pu dire en une heure ce qu’ils évitaient depuis des mois.

Questions fréquentes

Les rapports sexuels sont-ils dangereux pour le bébé ?

Cette question relève strictement de votre sage-femme ou de votre gynécologue, qui connaissent votre dossier. Ce que je peux dire de mon poste d’observation, c’est que la peur non vérifiée fait souvent plus de dégâts dans le couple que la réalité médicale : de nombreux couples s’abstiennent totalement pendant neuf mois sans avoir jamais posé la question à un professionnel. Posez-la.

Mon partenaire refuse d’aborder le sujet. Je peux venir seule ?

Oui, et c’est fréquent. Un travail individuel permet déjà de clarifier votre propre vécu, de distinguer ce qui vient de vous et ce qui vient de la relation, et souvent de trouver une manière d’ouvrir la conversation à la maison. Beaucoup de partenaires rejoignent le processus après deux ou trois séances, quand ils constatent que l’espace n’est pas un tribunal.

Nous n’avons plus aucun rapport depuis le début de la grossesse. C’est grave ?

Ce n’est grave que si cela vous fait souffrir ou si cela s’accompagne d’un éloignement affectif. Une période d’abstinence choisie, assumée et compensée par d’autres formes de tendresse ne pose pas de difficulté. Une abstinence subie, silencieuse et interprétée comme un rejet en pose une — et mieux vaut la traiter maintenant qu’après la naissance.

Faut-il attendre l’accouchement pour consulter ?

Non, et je le dis clairement : c’est l’erreur la plus courante. Le post-partum concentre fatigue extrême, réorganisation complète et parfois douleurs de cicatrisation. Arriver à ce moment avec un couple qui sait déjà se parler de sexualité change considérablement la trajectoire des deux premières années.

Combien de séances faut-il prévoir ?

Pour une difficulté apparue avec la grossesse et sans antécédent lourd, quatre à six séances suffisent souvent. Lorsque la grossesse réactive une histoire plus ancienne — parcours PMA, perte périnatale, antécédents de violences —, l’accompagnement est plus long et se construit à votre rythme.

Le désir reviendra-t-il après la naissance ?

Dans la très grande majorité des cas, oui, mais rarement en revenant « à l’identique ». La sexualité post-partum se reconstruit, elle ne redémarre pas. C’est précisément pour cette raison que le travail mené pendant la grossesse est un investissement : il donne au couple les outils dont il aura besoin au moment où il aura le moins d’énergie pour les créer.

Vous attendez un enfant et l’intimité s’est refermée ?

Neuf mois suffisent à installer un silence durable — ils suffisent aussi à construire quelque chose de solide. Je reçois les futurs parents au cabinet du 4 rue de Berri, Paris 8e, et en téléconsultation partout en France.

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Références bibliographiques

Cet article a une visée informative et ne constitue en aucun cas un avis médical. Toute question relative à la sécurité des rapports sexuels pendant votre grossesse doit être adressée à votre sage-femme ou à votre gynécologue-obstétricien. En cas de violences au sein du couple, contactez le 3919 (Violences Femmes Info).

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