« Ça fait combien de temps ? » C’est la question que je pose, et c’est presque toujours celle à laquelle les couples répondent le plus difficilement. Non parce qu’ils ne savent pas — ils savent très précisément — mais parce que le dire à voix haute rend la chose réelle. Huit mois. Deux ans. Six ans. Des couples qui s’aiment, qui font des projets, qui rient ensemble, et qui n’ont plus de rapports sexuels depuis longtemps. À Issy-les-Moulineaux comme ailleurs en Île-de-France, cette situation est bien plus répandue que ce que l’on imagine — et surtout, elle n’est pas irréversible.
Pourquoi tant de couples cessent d’avoir des rapports
Contrairement à une idée tenace, l’arrêt de la sexualité dans un couple stable n’est presque jamais la conséquence d’une perte d’amour. Il est le résultat d’un enchaînement, et cet enchaînement suit un scénario remarquablement constant.
L’espacement involontaire
Tout commence par un facteur circonstanciel : une naissance, un déménagement, une charge professionnelle écrasante, une maladie, un épisode dépressif. Les rapports s’espacent. Personne ne décide rien, personne ne s’alarme. C’est une parenthèse.
L’évitement de l’échec
Puis vient le moment charnière. Un soir, quelqu’un tente une approche, et l’autre décline — fatigue, mauvais moment, rien de grave. Mais le refus a été vécu comme un rejet. À partir de là, chacun commence à éviter les situations où le refus pourrait se reproduire. On se couche décalé, on lance une série, on s’endort avec le téléphone. Cet évitement est protecteur à court terme et dévastateur à moyen terme : il supprime les occasions.
La règle du silence
Plus le temps passe, plus le sujet devient coûteux à ouvrir. Au bout de quelques mois, en parler revient à exiger une explication, donc à accuser. Le silence s’installe précisément parce que chacun protège l’autre — et chacun interprète le silence de l’autre comme de l’indifférence. Beaucoup de couples que je reçois découvrent en séance que leur partenaire souffrait exactement de la même chose, en pensant être le seul.
Le glissement dans le fraternel
Enfin, la relation se réorganise. Le couple devient une équipe très efficace : logistique, enfants, budget, week-ends. La tendresse reste, mais elle se dé-sexualise, et le geste ambigu disparaît. C’est ce que les patients décrivent en disant « on est devenus colocataires » ou « frère et sœur ». Ce glissement est douloureux mais réversible — à condition de ne pas attendre encore trois ans.

Les données de l’enquête Contexte des sexualités en France (Inserm, 2023) rappellent d’ailleurs que les répertoires sexuels se sont considérablement diversifiés en trente ans — 72,9 % des femmes de 18-69 ans déclarent s’être déjà masturbées, contre 42,4 % en 1992 — tandis que la fréquence des rapports au sein des couples installés, elle, tend à baisser. Autrement dit : la sexualité n’a jamais été aussi présente dans nos représentations, et jamais aussi silencieuse dans nos chambres.
Les signes qu’il est temps de consulter
Il n’existe pas de fréquence « normale ». La seule question qui compte est celle de la souffrance : est-ce que cette situation vous pèse, à l’un ou à l’autre ? Certains indicateurs, cependant, justifient de ne plus attendre.
- Vous avez arrêté d’essayer. Il n’y a plus ni tentative, ni refus — plus rien à négocier, ce qui est un stade plus avancé que le conflit.
- Le sujet est devenu impossible à aborder sans qu’une dispute ou un silence de plusieurs jours s’ensuive.
- L’un de vous compense ailleurs : pornographie en augmentation, échanges ambigus, ou début d’une relation extraconjugale.
- Le corps de l’autre est devenu inaccessible : vous ne vous voyez plus nus, vous vous habillez séparément, les gestes spontanés ont disparu.
- Vous vous surprenez à envisager la séparation alors que tout le reste fonctionne.
- Une douleur ou un trouble physique est en cause et n’a jamais été évoqué avec un professionnel : douleurs pendant les rapports, troubles de l’érection, sécheresse, effets secondaires d’un traitement.
Sur ce dernier point, un préalable : toute douleur, tout changement physiologique durable mérite d’abord un avis médical (médecin traitant, gynécologue, urologue). La sexothérapie travaille avec le médical, jamais à sa place.
L’approche Ataméa : ne pas commencer par le rapport sexuel
La première chose que je dis souvent aux couples qui viennent pour ce motif les surprend : nous n’allons pas chercher à « refaire l’amour » rapidement. Viser directement le rapport reviendrait à réactiver exactement le mécanisme qui a causé l’arrêt — l’attente de performance et la peur de l’échec.
Comprendre la mécanique propre à votre couple
Le premier temps est diagnostique. Quand cela a-t-il commencé ? Qu’est-ce qui se passait à ce moment-là ? Qui a cessé d’initier en premier, et pourquoi ? Derrière un symptôme identique se cachent des causes très différentes : une colère non dite, un traumatisme réactivé, un trouble sexuel jamais nommé, une asymétrie de désir ancienne, un épuisement parental. On ne traite pas de la même façon un couple où l’un a une phobie du rejet et un couple où l’une souffre en silence de douleurs pendant les rapports.
Rouvrir la parole avant de rouvrir le lit
Le deuxième temps consiste à rendre le sujet à nouveau parlable, dans un cadre où la parole n’est pas une accusation. C’est souvent la séance la plus décisive. Beaucoup de couples n’ont jamais eu, en dix ans de vie commune, une véritable conversation sur leur sexualité — sur ce que chacun aime, redoute, imagine.
Reconstruire le corps par étapes
Le troisième temps est concret. Je propose des exercices de reconnexion sensorielle progressifs, à faire chez soi, dans un cadre explicitement négocié : des étapes où le rapport sexuel est d’abord exclu, ce qui libère de la pression et permet au désir de réapparaître par la porte de la curiosité plutôt que par celle du devoir. Cette approche, issue des travaux fondateurs de la sexologie clinique, reste aujourd’hui l’un des outils les plus efficaces pour les couples en panne durable. Elle rejoint ce que je décris pour les couples confrontés à la ménopause et aux transformations du désir ou à une distance émotionnelle installée.

Le déroulé : cabinet Paris 8e ou téléconsultation depuis Issy-les-Moulineaux
Le cabinet Ataméa se trouve 4 rue de Berri, Paris 8e. Depuis Issy-les-Moulineaux, le trajet est direct par la ligne 12 puis une correspondance, ou par le T2 et la ligne 9 — comptez une trentaine de minutes depuis Issy-Val-de-Seine. Je reçois régulièrement des couples des Hauts-de-Seine : Issy, Boulogne-Billancourt, Meudon, Vanves, Levallois-Perret.
La première séance, d’environ une heure, sert à poser l’histoire de la difficulté et à écarter ce qui relève du médical. Les séances suivantes ont lieu toutes les deux à trois semaines, ce délai permettant d’expérimenter entre deux rendez-vous. Pour ce motif précis, la majorité des couples constatent un changement net entre la quatrième et la huitième séance.
La téléconsultation est proposée en alternative ou en alternance. Pour les couples d’Issy-les-Moulineaux qui travaillent à La Défense ou dans le 15e, c’est souvent le format qui permet de tenir un rythme régulier sans que la thérapie devienne elle-même une contrainte logistique. Beaucoup de patients redoutent que le sujet soit plus difficile à aborder à distance : dans les faits, c’est souvent l’inverse — être chez soi facilite la parole sur l’intime.
Ce qui distingue mon accompagnement
Je suis à la fois thérapeute de couple et sexothérapeute. Pour une difficulté de ce type, la double compétence n’est pas un supplément : un arrêt prolongé des rapports est toujours un problème conjugal et un problème sexuel. Un praticien qui ne traiterait que la relation laisserait le corps de côté ; un praticien qui ne traiterait que le symptôme sexuel buterait sur les rancunes accumulées.
J’interviens régulièrement dans les médias, notamment sur CNEWS, sur les questions de couple et de sexualité. Ce qui compte ici, c’est la conséquence pratique : je nomme les choses simplement, sans euphémisme gênant ni vocabulaire cru. Vous n’aurez pas à trouver les mots seuls.
Enfin, je travaille sans injonction. Il n’y a aucune fréquence à atteindre, aucun modèle de sexualité à rejoindre. Certains couples sortent de la thérapie avec une vie sexuelle très active, d’autres avec une intimité redéfinie qui leur convient, d’autres encore avec une décision assumée. Les couples plus âgés trouveront des repères complémentaires dans mon article sur la sexualité après 50 ans.

Questions fréquentes
Après plusieurs années sans rapports, est-ce encore récupérable ?
Oui, dans la grande majorité des cas. La durée compte moins que deux facteurs : la persistance d’un attachement réel et l’accord des deux partenaires pour entreprendre le travail. J’accompagne régulièrement des couples arrêtés depuis plus de cinq ans, et l’ancienneté n’est pas, en soi, un mauvais pronostic.
Mon partenaire refuse de consulter. Que faire ?
Venez d’abord seul. Le refus de consulter est très souvent une peur d’être désigné comme le responsable. Il arrive fréquemment que le partenaire réticent rejoigne le travail après deux ou trois séances, une fois rassuré sur le cadre. Et même s’il ne vient jamais, un changement chez l’un modifie le système.
Y a-t-il des exercices intimes à faire pendant les séances ?
Jamais. Aucun contact physique, aucun examen, aucune nudité n’intervient en séance — c’est un principe absolu de la sexothérapie éthique. Les exercices proposés se font exclusivement chez vous, à votre rythme, et vous pouvez les refuser ou les adapter.
Et si le problème vient d’un trouble physique ?
C’est fréquent, et c’est même une bonne nouvelle, car ces troubles se traitent. Douleurs, vaginisme, troubles de l’érection, éjaculation précoce, effets d’un traitement antidépresseur ou hormonal : nous les identifions ensemble et je vous oriente vers le médecin adapté, tout en travaillant en parallèle sur la dimension relationnelle.
Nous n’avons plus de désir ni l’un ni l’autre. Est-ce quand même un problème ?
Pas nécessairement. Un couple sans rapports mais où personne ne souffre n’a rien à corriger. La demande thérapeutique naît de l’écart entre ce que vous vivez et ce que vous souhaitez — pas d’une norme extérieure. En revanche, méfiez-vous de l’accord apparent : il masque parfois le renoncement d’un des deux.
Combien de séances faut-il prévoir ?
Pour un arrêt prolongé des rapports, comptez en général entre huit et douze séances, étalées sur quatre à six mois. Certains couples s’arrêtent avant, une fois la mécanique débloquée et les outils acquis.
Le silence dure depuis trop longtemps ?
Reprendre une intimité après des mois ou des années d’arrêt est un travail concret, progressif et sans jugement. Séances au cabinet 4 rue de Berri, Paris 8e ou en téléconsultation depuis Issy-les-Moulineaux et les Hauts-de-Seine.
Références bibliographiques
- Inserm, Contexte des sexualités en France (CSF 2023) — Activités sexuelles : csf.inserm.fr/resultats/activites-sexuelles/
- Inserm, Contexte des sexualités en France (CSF 2023) — Santé sexuelle : csf.inserm.fr/resultats/sante-sexuelle/
- Masters, W. & Johnson, V., Les mésententes sexuelles et leur traitement (origine des protocoles de focalisation sensorielle).
- Basson, R., « The female sexual response: a different model », Journal of Sex & Marital Therapy (modèle du désir réactif).
- Perel, E., L’intelligence érotique, Robert Laffont (tension entre sécurité conjugale et désir).
