« J’ai rencontré quelqu’un de bien. Et la première fois qu’il a voulu me toucher, j’ai eu envie de m’enfuir. » Cette phrase, je l’entends très souvent dans mon cabinet, prononcée par des femmes comme par des hommes, quelques mois ou quelques années après une séparation. Reprendre une vie sexuelle après une rupture n’est presque jamais une simple question de rencontre : c’est une question de confiance en son propre corps. Après dix, quinze ou vingt-cinq ans de vie commune, on a appris une sexualité — celle d’une relation précise, avec ses codes, ses habitudes, ses silences. Quand cette relation s’arrête, ce n’est pas seulement un partenaire qui disparaît, c’est tout un langage corporel qui devient inutilisable.
À Neuilly-sur-Seine, à Levallois, à Courbevoie comme dans le 8e arrondissement, je reçois beaucoup de personnes de 35 à 60 ans dans cette situation : divorcées depuis un ou deux ans, stabilisées sur le plan matériel et parental, et complètement démunies face à l’idée de se retrouver nues devant quelqu’un. Cet article propose une lecture clinique de ce moment délicat et des repères concrets pour le traverser.
Pourquoi la sexualité est le dernier domaine à se reconstruire
Après une séparation, on reconstruit dans un ordre assez prévisible : le logement, les finances, l’organisation avec les enfants, la vie sociale. La sexualité arrive presque toujours en dernier, et c’est logique : c’est le domaine où l’on est le plus exposé. Plusieurs mécanismes se conjuguent.
Le corps garde la mémoire de la relation précédente
Une sexualité de couple installé fonctionne sur des automatismes : on sait ce que l’autre aime, comment il réagit, ce qu’il ne faut pas tenter. Ces automatismes ne disparaissent pas avec la séparation — ils restent inscrits, et se réactivent avec un nouveau partenaire pour lequel ils n’ont aucun sens. D’où ce sentiment très déroutant d’être à la fois expérimenté et débutant, de connaître beaucoup de choses sur la sexualité en général et plus rien sur la sienne en particulier.
L’image du corps a été abîmée par la fin de la relation
Les dernières années d’un couple qui se défait sont rarement tendres pour l’estime de soi corporelle. Rejets répétés, comparaisons, parfois remarques blessantes, souvent simple extinction du désir sans explication. Beaucoup de personnes arrivent en sexothérapie convaincues que leur corps est le problème, alors que le problème était la relation. Cette conviction, non traitée, se transporte telle quelle dans la relation suivante — et devient prophétie auto-réalisatrice.

L’écart avec les normes ambiantes crée une pression inutile
Les applications de rencontre, les récits d’amis, les représentations médiatiques donnent l’impression que « tout le monde » reprend une vie sexuelle intense et décomplexée dans les six mois. Les données disponibles racontent une histoire plus nuancée : l’enquête Contexte des sexualités en France menée par l’Inserm indique qu’en 2023, 45,3 % des femmes et 39,0 % des hommes se déclarent très satisfaits de leur vie sexuelle, et que l’activité sexuelle décrite dans la population générale est nettement moins uniforme que ne le suggère le discours ambiant (voir les indicateurs de santé sexuelle et d’activités sexuelles). Se comparer à une norme qui n’existe pas est l’un des freins les plus efficaces au retour du désir.
La peur de revivre la même chose
Enfin, il y a la crainte, rarement formulée, que le scénario se répète : redevenir celui ou celle dont on ne veut plus. Cette anticipation d’échec produit exactement les symptômes qu’elle redoute — anxiété de performance chez les hommes, hypervigilance et difficulté à lâcher prise chez les femmes, évitement pur et simple chez les deux.
Les signes qu’un accompagnement serait utile
Une période de désert sexuel après une séparation est banale et ne nécessite aucun traitement. En revanche, certains signaux méritent d’être pris au sérieux :
- Vous refusez systématiquement les occasions alors que le désir de rencontre existe.
- Vous ressentez une anxiété physique marquée à l’idée d’un rapport : gorge serrée, nausée, envie de fuir.
- Des difficultés fonctionnelles apparaissent — troubles de l’érection, sécheresse, douleurs, absence d’orgasme — alors qu’elles n’existaient pas auparavant.
- Vous multipliez les partenaires sans jamais ressentir de plaisir, dans une logique de vérification plutôt que de désir.
- Vous vous surprenez à comparer en permanence le nouveau partenaire à l’ancien, y compris pendant les moments intimes.
- La honte domine : vous ne parlez de tout cela à personne, y compris à votre médecin.
Ces manifestations ne sont pas des défaillances. Ce sont des réactions d’adaptation à une rupture d’attachement — et elles répondent très bien à un travail sexothérapeutique ciblé, généralement bref.
L’approche Ataméa : réapprendre son désir avant celui de l’autre
Ma méthode ne consiste pas à « remettre en selle » ni à donner des techniques. Elle consiste à reconstruire une relation de confiance avec son propre corps, puis seulement ensuite avec un partenaire. Quatre étapes structurent généralement l’accompagnement.
1. Faire le tri entre ce qui vous appartient et ce qui appartenait à la relation
Nous reprenons l’histoire sexuelle : ce qui vous plaisait avant, ce qui s’est éteint, ce qui n’a jamais été dit. Beaucoup de personnes découvrent en séance qu’elles ont passé quinze ans à pratiquer une sexualité qui ne leur correspondait qu’à moitié, par accommodement progressif. La séparation, aussi douloureuse soit-elle, ouvre une possibilité rare : redéfinir ce que l’on veut réellement.
2. Restaurer une relation sensorielle avec soi
Avant tout partenaire, il y a le rapport à son propre corps. Nous travaillons sur des exercices progressifs de conscience corporelle et de redécouverte sensorielle, réalisés seul·e, sans objectif de performance. Cette étape, inspirée des principes du sensate focus, est souvent celle qui débloque le plus rapidement les situations d’évitement. Le principe est simple : on ne demande rien au corps sinon d’être présent.
3. Désamorcer l’anxiété de performance
Chez les hommes, la peur de l’échec érectile lors d’une « première fois » après séparation est l’un des motifs de consultation les plus fréquents ; chez les femmes, c’est la crainte de ne pas ressentir, ou de ressentir de la douleur. Dans les deux cas, le mécanisme est identique : l’attention se déplace de la sensation vers l’auto-observation. Nous travaillons à ramener l’attention dans le corps, avec des outils concrets et vérifiables séance après séance. J’ai développé ce point dans mon article sur confiance en soi et sexualité épanouie.
4. Apprendre à parler de sexualité au début d’une relation
C’est le point le plus négligé et le plus décisif. Savoir dire « j’ai envie de prendre mon temps », « je sors d’une longue relation », « je préfère qu’on reste sur autre chose ce soir » transforme entièrement l’expérience. Nous préparons ces formulations en séance, jusqu’à ce qu’elles deviennent disponibles au bon moment. Un partenaire qui reçoit mal ces phrases donne d’ailleurs une information précieuse — et gratuite — sur la relation qui s’annonce.

Comment se déroulent les séances, à Paris 8e ou en visio
La sexothérapie telle que je la pratique est une thérapie par la parole et par des exercices à faire chez soi : il n’y a jamais d’examen ni de contact physique en séance. La première consultation, de 60 minutes, permet de poser l’histoire, d’identifier les blocages et de définir un objectif précis. Le suivi s’organise ensuite en général sur six à dix séances, espacées de deux à trois semaines pour laisser le temps aux exercices de produire leurs effets.
Le cabinet se situe au 4 rue de Berri, Paris 8e, à quinze minutes de Neuilly-sur-Seine par la ligne 1 ou en voiture par la porte Maillot. Pour beaucoup de mes patients de Neuilly, Levallois, Puteaux ou Saint-Cloud, la téléconsultation reste toutefois le format privilégié : elle épargne le trajet, protège la confidentialité — un vrai sujet dans des communes où l’on croise vite quelqu’un que l’on connaît — et permet de tenir un rythme régulier. Les modalités de la sexothérapie en ligne sont détaillées dans un article dédié.
Si une relation nouvelle se construit en parallèle, il est possible d’inviter le partenaire pour une ou deux séances de thérapie de couple. Ce n’est jamais obligatoire, mais c’est souvent un accélérateur considérable.
Ce qui distingue ma pratique
Je suis sexothérapeute et thérapeute de couple, installée à Paris 8e, et je suis régulièrement sollicitée par les médias — dont CNEWS — sur les questions d’intimité et de conjugalité. Cette double compétence compte particulièrement ici : la reprise d’une vie sexuelle après séparation se joue à la fois sur le terrain du corps et sur celui du lien. Traiter l’un sans l’autre laisse toujours la moitié du problème intacte.
Ma manière de travailler est directe, cadrée et sans jugement. On parle de sexualité avec des mots précis, cliniques, jamais complaisants. Et l’on avance par objectifs vérifiables plutôt que par exploration indéfinie : mes patients savent où ils vont et à quoi ils reconnaîtront que le travail est terminé.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il attendre avant de « recommencer » ?
Il n’existe aucun délai valable. Certaines personnes ont besoin de trois mois, d’autres de trois ans, et les deux sont normales. Le seul repère fiable est intérieur : le faites-vous par envie, ou pour vérifier quelque chose ? Une reprise motivée par la vérification laisse presque toujours un goût amer.
J’ai eu une panne lors de ma première fois après le divorce. Est-ce grave ?
Non, et c’est même statistiquement attendu. Un incident isolé dans un contexte d’enjeu émotionnel majeur n’a aucune valeur diagnostique. Ce qui compte, c’est ce que vous en faites : l’interprétation catastrophique est ce qui transforme un incident en trouble installé. Un avis médical reste utile en cas de répétition, pour écarter une cause organique.
Dois-je parler de mon ancienne relation à mon nouveau partenaire ?
Vous n’avez à livrer que ce qui vous est utile. Dire « je sors d’une longue histoire et j’ai besoin d’aller doucement » suffit largement ; le détail des blessures anciennes appartient à votre travail personnel, pas au premier rendez-vous.
Je n’ai aucun désir depuis la séparation. Est-ce définitif ?
Presque jamais. Le désir est très sensible au stress, au sommeil, à l’état thymique et au contexte affectif — quatre paramètres profondément perturbés par une rupture. Dans la grande majorité des cas, il revient une fois la sécurité intérieure restaurée, parfois différent de ce qu’il était, souvent plus clair.
Peut-on consulter sans être en couple ?
Oui, et c’est très fréquent en sexothérapie. Une grande partie de mon activité concerne des personnes seules qui souhaitent préparer sereinement la suite plutôt que de subir les premières fois.
Vous souhaitez retrouver une sexualité qui vous ressemble ?
Une première séance permet de comprendre ce qui bloque et de définir un chemin concret.
Cabinet 4 rue de Berri, Paris 8e — ou en téléconsultation depuis Neuilly-sur-Seine.

Un mot pour finir. Les personnes qui viennent me voir après une séparation redoutent souvent d’entendre qu’elles sont « abîmées ». Elles ne le sont pas. Elles sortent d’une longue période où leur sexualité s’est organisée autour de quelqu’un d’autre, et elles doivent maintenant la réorganiser autour d’elles-mêmes. C’est un travail exigeant, mais c’est aussi, pour beaucoup, la première occasion depuis très longtemps de se demander sincèrement ce qu’elles désirent.
Cet article a une visée informative et ne se substitue pas à un avis médical. En cas de douleurs persistantes, de troubles fonctionnels durables ou de situation de violence, consultez un médecin ou un professionnel de santé. En cas de détresse, le 3114 (prévention du suicide) est joignable 24h/24.
Références bibliographiques
- Inserm / Santé publique France / ANRS — Contexte des sexualités en France (CSF 2023), santé sexuelle.
- Inserm / Santé publique France / ANRS — Contexte des sexualités en France (CSF 2023), activités sexuelles.
- Masters W. & Johnson V., Les mésententes sexuelles et leur traitement, Robert Laffont, 1971 (principes du sensate focus).
- Basson R., « The female sexual response: a different model », Journal of Sex & Marital Therapy, 2000.
- Bianchi-Demicheli F. & Ortigue S., Neurosciences et sexualité, Odile Jacob, 2013.
