« J’ai fait semblant. Pendant onze ans. » Cette phrase, prononcée à voix basse dans mon cabinet du 4 rue de Berri, à Paris 8e, je l’entends plusieurs fois par mois. Elle arrive rarement en début de séance. Elle arrive quand la confiance est là, quand la personne comprend qu’elle ne sera pas jugée. Et presque toujours, elle est suivie d’une deuxième phrase : « Je ne sais plus comment arrêter. »
Simuler l’orgasme n’est pas un mensonge comme les autres. Ce n’est pas une trahison, ce n’est pas non plus un détail sans conséquence. C’est une stratégie de protection — de soi, de l’autre, du lien — qui finit par produire exactement ce qu’elle voulait éviter : la distance. Cet article s’adresse à celles et ceux qui font semblant, à celles et ceux qui soupçonnent que leur partenaire fait semblant, et à ceux qui viennent de l’apprendre.

Pourquoi tant de personnes font semblant
Les enquêtes de santé sexuelle convergent depuis vingt ans : une majorité de femmes déclare avoir déjà simulé un orgasme au moins une fois, et une proportion non négligeable d’hommes rapporte avoir feint la jouissance ou l’enthousiasme. Ce n’est donc pas une anomalie individuelle. C’est un phénomène social, produit par un scénario sexuel dominant très précis : le rapport doit se terminer par un orgasme, cet orgasme doit être visible, et il doit valider la compétence du partenaire.
Quand la réalité ne suit pas ce scénario, la simulation devient le raccourci le plus économique. Dans mon cabinet, j’identifie cinq motifs qui reviennent presque systématiquement.
1. Protéger l’ego du partenaire
C’est le motif le plus fréquent et le plus généreux. « Il faisait tellement d’efforts, je n’ai pas voulu l’humilier. » La simulation est ici un acte de soin mal orienté : on protège l’autre d’une information dont il aurait précisément eu besoin pour ajuster.
2. Abréger un rapport devenu inconfortable
Fatigue, sécheresse, douleur, tête ailleurs. Simuler devient un bouton d’arrêt socialement acceptable — plus facile à activer que « j’aimerais qu’on s’arrête ». Le problème : le corps enregistre que le seul moyen de sortir d’un rapport est de mimer le plaisir.
3. Éviter la conversation
Dire « je ne jouis pas comme ça » suppose de savoir comment on jouit, et d’avoir un espace pour le dire. Beaucoup de couples n’ont jamais eu de vocabulaire commun pour parler de sexualité autrement que par l’humour ou le reproche.
4. Se conformer à une norme
L’orgasme simultané, l’orgasme par pénétration seule, l’orgasme systématique : autant de scripts largement diffusés par la pornographie et la fiction, qui ne correspondent pas à la physiologie de la majorité des femmes. Une large part d’entre elles ont besoin d’une stimulation clitoridienne directe pour atteindre l’orgasme. Faire semblant, c’est parfois simplement refuser de se sentir « anormale ».
5. Maintenir la paix dans le couple
Quand la sexualité est déjà un terrain de tension — reproches sur la fréquence, comptabilité implicite des rapports — la simulation devient un outil de désescalade. On achète la tranquillité au prix de l’authenticité.
Le coût réel de la simulation
Simuler une fois n’abîme rien. Simuler durablement installe trois mécanismes qui, eux, abîment profondément.
Premier mécanisme : la boucle d’apprentissage inversée. Votre partenaire apprend, séance après séance, que ce qu’il fait fonctionne. Il le refait. Vous simulez encore. Au bout de quelques années, il a une carte de votre plaisir entièrement fausse — et il l’a construite avec vos propres signaux. Ce n’est pas de sa faute, et ce n’est pas de la vôtre : c’est un système qui s’est verrouillé.
Deuxième mécanisme : la dissociation. Pour simuler correctement, il faut se regarder de l’extérieur, contrôler sa respiration, surveiller son visage. Cette posture de spectatrice de soi-même est exactement l’inverse de ce qui permet l’excitation, laquelle exige de se laisser aller aux sensations internes. La simulation ne fait donc pas que masquer l’absence de plaisir : elle l’entretient activement.
Troisième mécanisme : la dette de vérité. Plus le temps passe, plus l’aveu paraît coûteux. À onze ans de simulation, dire la vérité ne revient plus à corriger une information : cela revient à annoncer que onze ans ont été partiellement mis en scène. C’est cette accumulation, pas le mensonge initial, qui rend les gens prisonniers.

Les signes qu’il est temps de consulter
Tout le monde n’a pas besoin d’une sexothérapie. Certains signaux, en revanche, indiquent que le système s’est verrouillé et qu’un tiers formé sera plus efficace qu’une conversation de plus.
- Vous ne savez plus ce qui vous fait vraiment du bien. La question « qu’est-ce que tu aimes ? » vous laisse sans réponse — pas par pudeur, mais parce que l’information n’est plus accessible.
- Vous évitez les rapports pour ne pas avoir à simuler à nouveau, et cette évitement crée un second conflit sur la fréquence.
- Votre partenaire a découvert la simulation et l’a vécue comme une trahison. La blessure narcissique est réelle et demande à être traitée pour elle-même.
- Vous avez tenté d’en parler et la conversation a dégénéré en accusations réciproques. C’est le signe qu’il manque un cadre, pas de la bonne volonté.
- Il existe une douleur physique (sécheresse, dyspareunie, contractions) que la simulation masque depuis longtemps. Un avis gynécologique s’impose en parallèle.
- La simulation s’étend au-delà du sexe : vous faites aussi semblant d’aller bien, d’être d’accord, d’avoir envie de sortir. C’est un mode de fonctionnement, pas un incident.
L’approche de la méthode Ataméa
Je ne travaille pas la simulation comme un mensonge à réparer. Je la travaille comme un symptôme intelligent : quelque chose que vous avez trouvé pour tenir, et qui a fonctionné jusqu’à ce que le coût dépasse le bénéfice. Le travail se déroule en trois temps.
Temps 1 — Reconstituer votre carte du plaisir
Avant de parler à l’autre, il faut avoir quelque chose à dire. Ce premier temps est souvent individuel : histoire sexuelle, découverte du corps, messages reçus à l’adolescence, éventuelles expériences douloureuses. J’utilise des outils de conscience corporelle et, lorsque c’est pertinent, l’hypnose, pour ramener l’attention de l’extérieur (comment je suis vue) vers l’intérieur (ce que je ressens).
Temps 2 — Construire un langage à deux
Nous établissons ensuite un vocabulaire commun et non accusatoire. Pas de « tu n’as jamais su », mais des descriptions sensorielles précises. Beaucoup de couples découvrent à ce stade qu’ils n’avaient jamais échangé une seule phrase concrète sur leur sexualité en dix ou quinze ans de vie commune. Ce travail rejoint celui que je mène sur la thérapie de couple dans son ensemble : la sexualité n’est jamais isolée du reste du lien.
Temps 3 — Déprogrammer la performance
La dernière étape consiste à retirer l’orgasme du centre du rapport. Non pas pour y renoncer, mais pour lever la pression qui l’empêche. Des exercices progressifs à faire chez vous, sans objectif de jouissance, permettent au corps de réapprendre qu’un rapport peut être bon sans se conclure d’une manière déterminée. C’est souvent à ce moment-là, paradoxalement, que l’orgasme réel revient.
Comment se déroulent les séances
Au cabinet, 4 rue de Berri à Paris 8e, à deux pas des Champs-Élysées et de la station George V. Les séances durent 60 minutes. La première séance de couple est facturée 300 €, durée 60 minutes, et sert à poser un état des lieux complet.
en visio, pour les personnes qui vivent hors de Paris, qui voyagent, ou pour qui la visio rend précisément possible d’aborder ce sujet. Sur ces questions, le format à distance est souvent plus facile à investir que le face-à-face : le domicile est un espace de sécurité.
Le rythme habituel est bimensuel. Certaines personnes viennent seules pendant deux ou trois séances avant d’inviter leur partenaire — c’est une entrée tout à fait légitime, et souvent la plus efficace quand la simulation n’a pas encore été dite. Toute annulation se fait 48 h à l’avance.

Ce qui distingue mon accompagnement
Je suis à la fois sexothérapeute et thérapeute de couple. Cette double casquette change concrètement les choses sur un sujet comme la simulation : un sexothérapeute seul risque de traiter le symptôme sans voir le rapport de force conjugal qui l’alimente ; un thérapeute de couple sans formation en sexologie tend à éviter le détail clinique dont vous avez pourtant besoin.
J’exerce à Paris 8e et j’interviens régulièrement dans les médias sur les questions de couple et de sexualité, notamment sur CNEWS. Mon travail s’appuie sur une approche intégrative : thérapie de couple, sexologie clinique, hypnose et outils corporels, choisis selon ce que votre situation demande — jamais selon un protocole unique appliqué à tout le monde. Si votre difficulté relève davantage d’une anorgasmie installée ou d’une anxiété de performance, l’axe de travail sera adapté en conséquence.
Questions fréquentes
Dois-je avouer à mon partenaire que j’ai simulé ?
Pas nécessairement, et surtout pas n’importe comment. L’objectif thérapeutique n’est pas l’aveu, c’est le changement. Dans beaucoup de situations, il est plus constructif d’introduire progressivement de nouvelles demandes que d’annoncer un passé de simulation. Dans d’autres, la vérité est indispensable parce que le secret pèse trop. Nous décidons ensemble, en fonction de votre couple.
Mon partenaire l’a découvert et se sent trahi. Que faire ?
Sa blessure est légitime et doit être entendue avant toute explication. Le travail consiste ensuite à lui faire comprendre que la simulation ne le visait pas : elle visait à préserver le lien. Ce recadrage, fait par un tiers, désamorce généralement le sentiment de trahison en deux à trois séances.
Est-ce que les hommes simulent aussi ?
Oui, plus souvent qu’on ne le croit — simulation de l’orgasme, mais surtout simulation du désir, de l’enthousiasme, de la satisfaction. Les motifs sont proches : éviter de blesser, éviter la conversation, se conformer à une norme de virilité permanente.
Ne pas avoir d’orgasme, est-ce forcément un problème ?
Non. Une sexualité peut être satisfaisante sans orgasme systématique. Le problème n’est pas l’absence d’orgasme : c’est le mensonge et la pression qui l’entourent. Certaines personnes concluent leur travail en assumant sereinement une sexualité non orgasmique, et vont très bien.
Combien de séances faut-il prévoir ?
Pour une problématique de simulation isolée, comptez généralement huit à douze séances. Si elle s’inscrit dans un conflit conjugal plus large ou dans une histoire de traumatisme sexuel, la durée s’allonge et le rythme s’adapte.
Puis-je venir seule ?
Oui, absolument. Une part importante de mes consultations sur ce sujet démarre en individuel. Votre partenaire peut rejoindre le travail plus tard, ou pas du tout.
Arrêter de faire semblant, ça se travaille
Vous n’avez pas à savoir comment formuler les choses avant de venir. C’est précisément le travail. Cabinet 4 rue de Berri, Paris 8e, ou en visio.
Cet article est un contenu d’information et ne remplace pas une consultation. En cas de douleur persistante, de violence au sein du couple ou de détresse psychologique importante, consultez sans attendre un médecin ou un professionnel de santé.
Deux outils pour commencer dès aujourd’hui
Références bibliographiques
- Inserm — Contexte de la sexualité en France : santé sexuelle.
- Inserm — Contexte de la sexualité en France : activités sexuelles.
- Basson R., « The Female Sexual Response: A Different Model », Journal of Sex & Marital Therapy, 2000.
- Masters W., Johnson V., Les Réactions sexuelles, Robert Laffont, 1968.
- Nagoski E., Come As You Are, Simon & Schuster, 2015.


